Apprendre & Pratiquer le métier d'écrivain

20 bonnes raisons de devenir écrivain – 18 – la création d’image (métaphore)

« Comment arrive-t-on à trouver des images (métaphore), et à les rendre saillantes quand elles ne le sont pas ? Nous allons voir que le travail et la refonte sont les deux moyens, après le génie naturel, qui les font découvrir. »

 

Plus que de la correction : la refonte

Le génie humain à l’oeuvre

Si « le travail et la refonte » sont des procédés qui nous parlent, bien que le second nécessite peut-être quelques explications, le « génie naturel » n’est pas mesurable, à la différence de la quantité de travail fourni et du degré d’assimilation de la méthode permettant une refonte efficiente, progrès qu’il est objectivement possible d’observer. Mais le génie, qu’en penser ?

J’ai effectué une cueillette sur le Net :

  • « Les génies savent que le génie c’est la ténacité, les crétins croient que c’est un don. », Belle du seigneur, Albert Cohen
  • « Le génie est peut-être au talent ce que l’instinct est à la raison. », Journal (édition 1935), Jules Renard
  • « C’est le propre du génie de procéder par les idées les plus simples. » Pensées – Charles Péguy
  • « On sait que le propre du génie est de fournir des idées aux crétins une vingtaine d’années plus tard. » Louis Aragon
  • « L’esprit fait vivre un ouvrage ; le génie l’empêche de mourir. », Traité du style – Bluettes et boutades – John Petit-Senn
  • « Le talent, c’est le tireur qui atteint un but que les autres ne peuvent toucher ; le génie, c’est celui qui atteint un but que les autres ne peuvent même pas voir. » Schopenhauer

Séduit par ces formules m’éclairant pourtant si peu sur ce génie ne semblant pour l’essentiel constitué de rien d’autre que de comparaisons, j’ai retenu certains termes : « ténacité », « talent », « instinct » « (idées) simples », et… « crétins » !

J’en retire, non pas une incantation libérant le génie de sa lampe, mais au moins une certitude : ce n’est pas en entretenant l’illusion du talent se développant sans un travail acharné que j’aurai la moindre chance de réveiller la part de génie qui sommeille en moi, si jamais elle existe. A l’inverse, ça pourrait bien rendre ma crétinerie insomniaque. Si jamais elle existe.

A ce sujet, une célèbre phrase d’Albert Einstein me revient en mémoire : « Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue. »

Bien.

Les clichés à la poubelle

La refonte commence par l’évacuation du sédiment dans lequel notre style s’embourbe, ces « images usées qui ont servi à tout le monde » :

« Le poison de la flatterie, le brandon de la discorde, le flambeau de la sédition, le torrent de la démocratie, la hache du despotisme, les ténèbres de l’ignorance, la balance de la justice, la perfide Albion, les foudres de l’éloquence… », etc.

Et encore Albalat ne cite-t-il pas les pires clichés, tels que « le blanc manteau de la neige » ou encore, dans la même veine, « avoir les cheveux en hiver », « connaître le printemps de sa jeunesse », « être à l’automne de son existence », et autres variantes saisonnières, pour n’aborder que ce domaine-là.

Non pas qu’il faille s’en débarrasser définitivement comme des habits passés de mode — après tout,  il y eut une période où ils produisirent leur effet —, mais à la manière dont on raccommodait autrefois des vêtements usés pour les faire « durer », on coudra sur les vieilles étoffes littéraires de nouvelles pièces ; la refonte ne consiste pas que dans cette couture au fil des mots, seulement elle est incontournable afin que votre lecteur n’éprouve pas au bout de quelques pages une impression de déjà-vu risquant vite de lui devenir pénible.

 

Faites progresser vos  images

Albalat nous donne un aperçu de la progression d’une image :

  • « Pascal a appelé le soleil « cette éclatante lumière, mise comme une lampe éternelle pour éclairer l’univers. »
  • Après lui, Lamartine a dit : Comme une lampe d’or dans l’azur suspendue, la lune se balance aux bords de l’horizon.
  • Et, après Lamartine, Leconte de Lisle : Seule, la lune pâle, en éclairant la nue, comme une morne lampe oscillait tristement.

C’est ainsi que chacun peut renouveler une image !

On voit que les modifications, même mineures, sont en mesure d’un peu diluer ce qu’il pourrait y avoir de défraîchi  dans le fait d’employer une comparaison identique (qu’il s’agisse de la lune ou du soleil importe peu). Bien sûr, ainsi rapprochées, ces images ont comme un air de famille, mais même si on ne se précipitera pas ici pour décerner la palme de l’originalité, on peut au moins admettre que l’impression de lassitude attachée au cliché, ou le sentiment d’une paresse répréhensible, ne dominent pas. De plus — Albalat ne le précise pas — il est malaisé d’affirmer, faute de documents l’indiquant, que ces auteurs se soient abreuvés l’un et l’autre à la source pascalienne. Même si tel était le cas, l’effort aura été fait de ne pas verser dans un prolongement d’imitateur comme « une lampe infinie » ou « une lampe intemporelle ».

Dans les pas de Victor Hugo

Voici une autre refonte, accomplie par Victor Hugo sur son propre travail (« Le petit roi de Galice », tiré de « La légende des siècles ») : « Cette collection de monstres se concerte, a été refait quatre fois avant d’arriver à cette forme, pour ainsi dire, dépouillée :

  • Ce tas de demi-rois raisonne et se concerte.
  • Ce ramassis d’infants presque rois se concerte.
  • Ce ramassis d’infants discute et se concerte. »

Seul le verbe concerter « survit » aux différentes rectifications : il y a une incursion sans lendemain de « raisonne », auquel l’auteur préférera « discute » dans son choix d’associer deux verbes ; « collection de monstres » disparaît au profit du « tas de demis-rois » qui à son tour s’efface devant le « ramassis d’infants presque rois », lui-même trouvant dans le simple « ramassis d’infants » une formule finissant par convaincre Hugo.

Si j’ignore les raisons l’ayant guidé dans ces ajustements, le sens se dégageant de la version finale diffère considérablement de celui suggéré lors du vers initial : entre « une collection de monstres », désignant des êtres inspirant la crainte, et « un ramassis d’infants » pointant des privilégiés plutôt méprisables, la refonte a plus servi à l’auteur à changer l’intention de son propos qu’à améliorer un style déjà riche et bien en place.

Les refontes font évoluer le fonds et la forme

C’est un autre aspect de la refonte, influer sur le fond à la faveur d’une évolution de la forme, fortuitement ou pas (on ne sait si Hugo avait cet objectif en tête), mais c’est un aspect de ce procédé qu’il est intéressant de noter.

« […] il y a une sorte d’images qu’on peut s’habituer à découvrir plus facilement que d’autres. Il faut y appliquer son esprit, songer aux divers rapports que peuvent présenter les objets, aux idées à côté qu’ils évoquent, aux ressemblances, aux contrastes, aux antithèses. Un procédé excellent pour trouver des images consiste à pousser l’idée, à l’exagérer exprès. »

Lisez et relisez bien les quelques lignes ci-dessus : l’air de rien, elles offrent à tout auteur en herbe, ou à celui plus aguerri ressentant le besoin de diversifier son approche créative, des techniques simples et efficaces. Bien sûr, d’instinct, chacun sait peu ou prou comment créer une image, mais on l’a vu, selon que cette dernière saura ou non se détacher du lot commun elle ne portera pas votre discours avec la même force. Il me semble donc précieux d’examiner quasiment pas-à-pas les pistes fournies par Albalat.

Ainsi, « songer aux divers rapports que peuvent présenter les objets » devrait être une sorte de base inamovible de notre réflexion, car c’est de là que les mots clés s’élancent, font surface, et que naissent les comparaisons. Ces rapports, ce sont les symboles véhiculés par les objets et qu’il nous revient de combiner entre eux, autant d’ingrédients dont on dispose pour espérer l’efflorescence d’images inattendues.

 

Quels ingrédients entrent dans la composition d’une image ?

Il faut étendre la notion d’objets (l’exemple récent de la lampe chère à Pascal, Lamartine et Leconte de Lisle) à celle des sentiments (en fuyant entre mille autres les clichés tels que « une passion dévorante » ou «  une joie inextinguible »), et tenir compte du pouvoir stimulant de la nature sur notre intellect à la façon dont l’ont notamment démontré dans ces pages Flaubert ( « Sous les rafales du vent des traînées de sable se lèvent comme de grands linceuls, puis retombent. » ) et Chateaubriand (« c’était tout autour de moi une émeute de vagues. » ).

Les marges de l’imagination

Le « aux idées à côté qu’ils évoquent » me fait penser à quelque chose d’abstrait qu’on pourrait nommer les marges de notre imagination. Peut-être notre génie se situe-t-il dans ces zones indéfinies, qui sait ? Ce qui se niche là (admettons que cela existe sous une forme ou une autre) ne tombe pas d’emblée sous le sens, mais enrichit presque à notre insu une réflexion plus frontale destinée elle à absorber dans l’instant les informations requises pour l’élaboration d’une image. Ces bordures mentales visant à la peaufiner s’organiseraient à part en quelque sorte, et ne seraient accessibles, ou perceptibles, qu’à retardement, le temps de les laisser venir à nous (ce que permet le recul par le refroidissement du texte).

Le mariage des contrastes

Peut-être certaines des plus belles images poétiques voient-elles le jour des suites de mariages entre contrastes, même les plus extrêmes ? La prégnance de certains oxymores demeurés célèbres tendrait, sinon à le prouver, du moins à accréditer le fait que l’inhabituel, bien construit, « voyage bien » à travers les époques :

« Cette obscure clarté qui tombe des étoiles
Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles,
(« Le Cid », Corneille)

Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon cœur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.
(« Chant d’automne », Baudelaire)

Je suis l Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,
Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Etoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.
(« El Desdichado », Nerval)

Attention cependant, cette pratique peut se révéler désastreuse si le ridicule s’en mêle ; hélas, difficile, voire impossible de tracer une frontière bien nette (et surtout reconnue de tous) entre ce qui l’est ou ne l’est pas… alors ?

Eh bien, la sagesse nous conduira, si d’aventure on s’essaie à l’éblouissement instantané de notre lecteur par l’usage d’un oxymore (ou d’une antithèse), à le tester auprès de personnes éclairées. J’entends par là quelqu’un lisant au minimum un roman par mois. Aucun snobisme là-dedans : plus un jury a de données en sa possession, plus il est à même de délibérer pertinemment. Il en va de même pour ceux qui parmi vos proches effectueront une relecture de vos écrits : leur regard critique s’exercera avec d’autant plus de sagacité qu’ils disposeront d’éléments de comparaison, en l’occurrence de références littéraires.

De la zadigacité aux ressemblances

L’invention ex nihilo relevant plus de causes accidentelles que d’une véritable emprise spirituelle sur un sujet donné (la fameuse sérendipité, ou zadigacité, soit par exemple la tarte des sœurs Tatin ou, d’une plus grande portée et pour rester dans les pommes, si je puis dire, la gravitation universelle découverte selon un épisode légendaire par la chute de ce fruit sur le crâne d’Isaac Newton), on s’en tiendra à ce dont le hasard dépend peu : les ressemblances.

Elles convoquent des forces créatrices aussi puissantes que celles issues du choc des contrastes, qu’elles soient puisées consciemment ou non dans nos lectures ou qu’elles émergent une fois extrait à peu près tout ce qui peut l’être d’un mot (« à peu près », car on n’en fait jamais le tour). Qui dit ressemblances sous-entend absence de confrontation, au contraire de l’oxymore. C’est donc par le prolongement d’une idée au-delà de ses points de jonction que la création d’une image s’effectuera, et que l’originalité s’y inscrira.

Pour nous éclairer, reprenons notre lampe, tour à tour « éternelle », « d’or » et « morne » ; le point de jonction ici consiste à rattacher cet objet à un astre dispensant de la lumière. Pour mémoire, Leconte de Lisle a écrit : « Seule, la lune pâle, en éclairant la nue, comme une morne lampe oscillait tristement. »  En me souvenant de la phrase d’Albalat disant qu’ « Un procédé excellent pour trouver des images consiste à pousser l’idée, à l’exagérer exprès. », ceci m’est venu :  Seule oscillait la lune pâle en éclairant la nue, morne lampe dont les tristes reflets peinaient à cabosser la rue.

Il a suffi que j’adjoigne une seconde image à la première pour élargir la vision de l’écrivain, qui à présent englobe la nue et la rue. Est-ce mieux ? Je n’en sais rien. Mais c’est différent. Il m’a fallu légèrement réorganiser la phrase d’origine, mais c’est bien elle qui m’a servi de rampe de lancement. Ce schéma est applicable aux images dont nous regrettons de ne pas avoir été en premier l’auteur, mais aussi à toute idée basique ne demandant que de voir notre imagination y greffer nos propres trouvailles.


Ne pas confondre : plagiait et refonte par un autre auteur

On m’objectera que je suis presque aux limites d’un plagiat dont je devrais peut-être un jour m’expliquer devant un tribunal, si je faisais passer ce texte pour mien.
Certes.
C’est pourquoi après avoir poussé et exagéré, je personnalise : Seule dodelinait une lune fade trouant timidement le soir, piètre lampe aux reflets cabossant sans vigueur les trottoirs.  Au passage, on notera qu’en « cabossant sans vigueur », je frôle l’oxymore !  « C’est un des fruits de la lecture bien faite de fournir par transposition des choses similaires, auxquelles nous ajoutons du nouveau. »

Concernant le bénéfice retiré d’une lecture, Albalat, citant un vers de Victor Hugo ayant pu servir d’idée souche à Heredia, nous donne un exemple de la forme que peut revêtir la recréation d’une image : « La lune ouvre dans l’onde Son éventail d’argent », Victor Hugo.  Voilà une image qui pouvait venir à l’idée de bien des poètes ; et M. de Heredia s’en est peut-être inconsciemment souvenu, quand il a écrit, sur un coucher de soleil, ce vers qui lui est, du reste, si personnel :

Le soleil…
Ferme les branches d’or de son rouge éventail.
José-Maria de Heredia »

N’hésitez pas (sans les plagier, vous l’aurez compris), à vous inspirer d’auteurs qui ont remué quelque chose en vous : ils seront l’étincelle, vous serez le feu.  « Une image est un rapport de comparaison (qui) varie à l’infini, suivant le cerveau qui pense et l’œil qui regarde. Il faut […] lire les écrivains imagés, n’eussent-ils que ce seul mérite. À force de comprendre leurs métaphores, on en trouve soi-même du même genre ou approchantes. »

 

Que vos lectures soient votre source d’inspiration

L’importance de lire a déjà été soulignée dans la troisième leçon, aussi ne s’étonnera-t-on pas que la lecture d’écrivains brillant dans le domaine précis du style carburant aux métaphores soit une démarche s’imposant naturellement. Si Albalat nous recommande entre autres Chateaubriand, Bernardin de Saint-Pierre, Victor Hugo ou Leconte de Lisle, il me semble que nommer quelques œuvres d’auteurs plus proches de nous puisse s’avérer profitable à chacun, puisque on y trouvera des repères davantage familiers.

C’est sans ordre particulier que la liste suivante a été établie, l’excellence échappant par essence aux classements : « Les âmes grises », Philippe Claudel, Stock :
« Le patron est un gros homme à tête d’endive, jaune et blanc, avec une bouche pleine de mauvaises dents. Il s’appelle Bourrache. Il n’est pas très malin mais il a l’intelligence de l’argent. C’est sa nature. Il n’est pas à blâmer. Il porte toujours un grand tablier de drap bleu qui lui fait comme une allure de tonneau sanglé. Jadis il avait une femme qui ne quittait jamais le lit, à cause d’une maladie de langueur comme on dit chez nous où c’est assez fréquent de voir certaines se mettre à confondre les brouillards de novembre avec leur désarroi. »

« La route », Cormac McCarthy, Points :
« Il se levait et titubait dans cette froide obscurité autiste, les bras tendus devant lui pour trouver son équilibre tandis que les mécanismes vestibulaires faisaient leurs calculs dans son crâne. Une vieille histoire. Trouver la station verticale. Aucune chute qui ne soit précédée d’une inclinaison. Il entrait à grandes enjambées dans le néant, comptant les pas pour être sûr de pouvoir revenir.  Yeux fermés, bras godillant. Verticale par rapport à quoi ? Une chose sans nom dans la nuit, filon ou matrice. Dont ils étaient lui et les étoiles un satellite commun. Comme le grand pendule dans sa rotonde transcrivant tout au long du jour les mouvements de l’univers dont on peut dire qu’il ne sait rien et qu’on doit connaître pourtant. »

« Vipère au poing », Hervé Bazin, Grasset :
« L’été craonnais, doux mais ferme, réchauffait ce bronze impeccablement lové sur lui-même : trois spires de vipères à tenter l’orfèvre, moins les saphirs classiques des yeux, car, heureusement pour moi, cette vipère, elle dormait. […] Je saisis la vipère par le cou, exactement au-dessus de la tête, et je serrai, voilà tout. Cette détente brusque, en ressort de montre qui saute hors du boîtier — et le boîtier, pour ma vipère, s’appelait la vie — ce réflexe désespéré pour la première et pour la dernière fois en retard d’une seconde, ces enroulements, ces déroulements, ces enroulements froids autour de mon poignet, rien ne me fit lâcher prise. »

« Price », Steve Tesich, Monsieur Toussaint Louverture :
« La belle Diane Sinclair remontait la rue, seule. Ses cheveux noirs se balançaient au rythme de sa démarche. Ses yeux regardaient loin derrière nous ; ses lèvres étaient entrouvertes, dans un sourire, celui d’une femme qu’on présente à une foule d’adorateurs. Son sourire aussi était dirigé loin derrière nous ; la courbe de ses seins, son odeur, quelques mèches folles qui dansaient sur sa nuque, tout cela passa à notre hauteur comme un galion chargé de trésors et de fragrances faisant voile vers d’autres ports. »

« Saules aveugles, femme endormie » (L’histoire d’une tante pauvre), Haruki Murakami, 10-18 :
« Bien sûr, le temps terrasse tout un chacun avec une égale indifférence. Comme un cocher bat son vieux cheval jusqu’à ce qu’il meure sur le chemin. Mais la correction que nous subissons est si légère que peu d’entre nous s’aperçoivent qu’ils sont battus.

Néanmoins, lorsqu’il s’agit d’une tante pauvre, nous sommes aptes à voir en face les espiègleries du temps, comme à travers les vitres d’un aquarium. Dans la boîte en verre étriquée, le temps a pressé la tante pauvre à la manière d’une orange. Plus une seule goutte de jus n’en sort. Ce qui me séduit en elle, c’est sa perfection. C’est vrai ! Plus une seule goutte de jus n’en sort ! »  Ma condition de simple mortel possédant le côté fort regrettable de n’avoir pas lu tout ce qui a été écrit, sans parler de ce qui le sera, et m’ôtant par avance l’illusion d’un jour y parvenir, chacun comprendra l’exhaustivité frustrante de cette liste.

 

Contribuez vous aussi à l’assassinat du cliché !

Maintenant, histoire de terminer cette leçon sur une note tant créative que didactique, voire récréative et drolatique, j’en appelle à votre matière grise. Et espère que vous serez, chères lectrices et lecteurs, les complices de l’assassinat du cliché qui, entre tous, ne mérite définitivement pas de survivre à votre imagination.  La théorie sans pratique est une charrette sans cheval,  alors en ayant en tête les exemples et les conseils précédents d’Albalat, quelle pièce coudriez-vous à présent à ce blanc manteau de la neige « dénoncé » plus haut, en partant de « Ce matin, le blanc manteau de la neige a recouvert le sol. » ?

Cette phrase, d’une platitude confondante,  attend que vous lui fassiez un sort, mais un sort positif grâce à vos améliorations. Je vous propose donc d’en réécrire deux versions, la première avec une contrainte vestimentaire, mais autre que celle du « manteau », la seconde  en s’en débarrassant complètement pour qu’advienne une image tout à fait neuve.

Ma propre cogitation a débouché sur ceci :
Les premières lueurs éclairent les fossés repus de la cotonnade de janvier, mouchetée de la boue arrachée aux chemins par de brusques freinages.

Et :

Le ciel, triste clown hivernal, a jeté depuis l’aube son fard blanc sur les routes.
Voilà. Repose en paix, vieux cliché, sous ton blanc manteau de neige !

 

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