Apprendre & Pratiquer le métier d'écrivain

Comment devenir écrivain ? Écrivez des nouvelles !

Si vous vous posez la question « Comment devenir écrivain ? » alors dites-vous bien que les plus grands écrivains ont appris leur métier en écrivant des nouvelles. Pourquoi les auteurs s’obstinent à faire leurs armes en écrivant un roman ? Mais comment courir avant d’apprendre à marcher ? Vu l’ampleur de la tâche, le renoncement les guette. Face à cet acquis, préjugés, ignorance, ce travers culturel… Appelez-le comme vous voulez, Frédéric Barbas vous rappelle quelques évidences …

 

« La nouvelle n’a pas sa place à l’ombre du roman. Elle n’est pas, elle ne fut jamais un roman déshydraté. »

Constant Burniaux

 

La nouvelle : des bienfaits du sprint avant un marathon

On a tellement écrit sur la nouvelle qu’on pourrait en faire un roman. On a d’ailleurs souvent opposé les défauts de l’une aux mérites de l’autre, et inversement.

Moquée par certains pour son prétendu manque de souffle, mais encensée par nombre d’écrivains célèbres ayant effectué leurs premières armes à l’abri de ce format plus ou moins court, la nouvelle rallie aujourd’hui presque tous les suffrages.

Si la nouvelle était un sprint, il aurait préludé à bien des romans-marathons.

Il ne s’agira pas dans cet article de tenter d’apporter une énième définition à ce genre, mais d’en considérer tous les bienfaits pour qui souhaite devenir écrivain.

 

Écrire court n’empêche pas de voir loin

Parce qu’on n’écrirait pas un pavé d’un millier de pages, notre pensée s’en trouverait pour le coup raccourcie ? Et par là, notre talent amputé ?

La nouvelle n’est pas réservée aux esprits restreints, loin de là. Les plus doués peuvent s’y casser les dents, tant l’exercice consistant à concentrer son propos en quelques pages est exigeant. Plus le trajet à accomplir sera bref, plus on devra veiller à ce qu’aucun de nos pas ne morde le bas-côté de la route.

La nouvelle interdit l’éparpillement, c’est aussi simple que ça. Quand le roman peut nous accorder quelques flux verbaux, chaque mot est compté lorsqu’on vise l’essentiel. Sans être économe, un bon nouvelliste doit avoir le gaspillage textuel en horreur. Le refuser de tout son être.

 

La nouvelle comme le plus rigoureux des apprentissages

Pour les sceptiques estimant qu’on ne rend grâce à l’écriture qu’en de grandes envolées, je propose de lire ceci :

« Je l’attendais et il y avait du vent. Les enseignes en fer grinçaient, les feuilles et les vieux bouts de papier faisaient, en glissant sur le trottoir, un bruit plaintif. Il y avait aussi du vent en moi ce soir-là, il ballotait mon âme de-ci de-là et je ne comprenais pas ce qui m’arrivait […]. »

Cet extrait est tiré d’une nouvelle de Dino Buzzati, Le vent, d’environ six pages et demie.

On apprend l’art de la concision en lisant les nouvelles des meilleurs auteurs. Là, cette personne qui attend nous apparaît, par une habile comparaison, soumise à un événement météorologique le ramenant au vacillement de sa conscience. Il souffle en lui de telles incertitudes que son esprit titube.

C’est dit sans fioritures, et pourtant l’image est d’une puissance telle qu’elle marque le lecteur.

 

Voir chaque fin de paragraphe comme une cible

La nouvelle a ceci de particulier qu’elle nous contraint à faire mouche à chaque ligne. C’est un fauteuil aux accoudoirs trop rapprochés pour qu’on puisse y prendre ses aises. Oui, la nouvelle est inconfortable. C’est en partie pour ça qu’elle affute si bien notre plume. Être à l’étroit dans sa narration nécessite, pour ne pas s’y enfermer, des contorsions intellectuelles aptes à révéler des trésors de débrouillardise dans notre façon d’écrire. En cela, la nouvelle se révèle la meilleure formatrice du style qu’on adoptera lorsqu’il s’agira d’enchaîner des paragraphes au long cours.

 

Tomber d’une falaise intellectuelle

Si toutes les nouvelles ne sont pas « à chute », j’avoue ma préférence pour celles en proposant une. Pourquoi ? Parce que la chute détermine toute la construction qui la précède. Soit la nécessité de penser certaines phrases comme des clefs qui ouvriront au lecteur, une fois analysées, la compréhension d’un tout. C’est un sérieux plus quand vient le moment d’étaler une intrigue sur 200 ou 400 pages. On pourra en effet reproduire les mécanismes élaborés à une petite échelle jusqu’à leur conférer une dimension autre. Et se jeter avec confiance de la falaise au bas de laquelle nous attendent les eaux froides du jugement d’autrui.

 

La vivacité du trait dans une nouvelle : pan, pan, pan !

On ne se répand pas, dans une nouvelle. J’ai, plus haut, parlé de cible. Songez que votre fusil à la culasse pleine d’encre ne tirera qu’un coup, d’un paragraphe à l’autre. Une idée : pan ! Un rebondissement : pan ! Un indice : pan ! Votre pensée, ramassée dans cette fulgurance, devra en une ligne frapper comme une balle. C’est l’esprit vif que vous bousculerez votre lecteur. Ce qui est bref est explosif.

 

La nouvelle, ce subtil étouffement

Une nouvelle réussie représente une vraie performance. Pour qu’elle le soit, se montrer subtil est une condition sine qua none. La subtilité, dans ce genre, revient à fournir la juste dose d’oxygène à notre lecteur qu’on aura pris soin de plonger dans cet espace littéraire où l’air peut arriver à manquer. Là où le roman possède le luxe de dispenser de grandes respirations, la nouvelle, même dans le cas d’une extrême légèreté, essaie de provoquer un sentiment de sidération qu’on peut rapprocher d’une suffocation.

C’est à sa capacité de prendre son lecteur à la gorge qu’on reconnaît un nouvelliste de talent. Qu’on cherche à provoquer après le point final un éclat de rire ou un « Oh ! » de stupeur, un sourire complice ou un frisson de dégoût, la finesse est de mise. Non pas qu’elle soit absente des romans, bien entendu, mais la nouvelle nous amène à davantage de prises de risques à ce niveau-là. Elle est au roman ce que la guérilla est à la guerre.

 

En guise de chute…

Histoire de m’auto-plagier, et surtout pour terminer sur un clin d’œil, je vais rappeler ma définition de cette écriture de poche : « La nouvelle est un genre mineur, car elle va au fond des choses. »

Veuillez m’excuser si cette fin n’est pas bien terrible, mais une chute est toujours casse-gueule…

 

 

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