Apprendre & Pratiquer le métier d'écrivain

Écrire pour se connaître et comprendre les autres

Se connaître en utilisant l’écriture n’est sans doute pas le premier moyen auquel on pense. Pourtant, écrire nous aide à nous reconnecter à notre conscience, à penser, à mettre des mots sur nos relations, à intégrer les différences et à se découvrir de multiples façons.

Si l’on trouve la ressource de puiser en soi la force d’écrire, cela permet de s’approcher d’un seuil que parfois il nous est compliqué de franchir : l’accès à la compréhension de notre prochain. Cette introduction ressemblant un peu à une parole biblique, nous allons voir quels miracles l’écriture nous permet d’accomplir dans ce domaine…

« Connaître les autres, c’est sagesse. Se connaître soi-même, c’est sagesse supérieure. Imposer sa volonté aux autres, c’est force. Se l’imposer à soi-même, c’est force supérieure. »
 Lao-tseu

L’oral et l’écrit, deux mondes (presque) opposés

Un vaste questionnement

Se connaîtrait-on vraiment, sans l’apport de l’écriture ? Sans le minimum d’introspection nécessaire à bâtir des phrases, à inventer des histoires ? Je pose la question en ayant la réponse, procédé toujours très pratique, et en sachant que vous aussi possédez un avis sur le sujet. Voyez comme je joue sur du velours ! Puisque vous me lisez, et parmi certain(e)s d’entre vous depuis pas mal d’années, vous ne cultivez aucun doute sur le fait qu’écrire soit tout sauf anodin ; ça, j’en suis persuadé. Car d’une façon ou d’une autre, cela nous transforme. Écrire, entre autres choses, c’est s’interroger sur le monde qui nous entoure. Un questionnement si vaste qu’il nous amène à nous intéresser pour une part non négligeable à nos contemporains.

Sortis de l’Enfer, qui sont les autres ?

Si je détourne la célèbre formule de Sartre, c’est que l’esprit pavé de bonnes intentions, j’espère élargir l’écriture au-delà de son aspect purement technique afin de tenter d’y voir plus clair quant à sa contribution dans notre approche de l’autre. Qu’il soit primitif ou intellectualisé, le pas accompli en direction de son prochain possède toujours un versant culturel dans tous les sens du terme. Ainsi, selon les pays, les traditions, la conception de l’existence, on entrera en contact avec une personne de diverses façons, mais un socle commun demeure, c’est ce que l’écriture produit chez chacun d’entre nous.

Quand l’oralité seule devient un frein

L’oralité seule, sous-entendue dépourvue du socle commun évoqué ci-dessus, peut générer des incompréhensions. La parole nourrie de mécanismes littéraires intégrés à notre façon de penser permettra un accès plus aisé à ce que notre interlocuteur pense lui-même, du moins si comme nous il a incorporé à son bagage intellectuel des rouages mentaux à peu près similaires. Comprenons-nous bien : je ne dis surtout pas qu’une uniformisation de cette manière de réfléchir soit souhaitable, loin s’en faut. Ce n’est pas parce que nous ne sommes pas faits pareils qu’on n’est pas faits pour s’entendre, encore heureux ! Au contraire, le goût de l’écriture, et qui plus est sa pratique, sont des facilitateurs d’adaptation aux différences de l’autre.

Mieux communiquer avec soi-même, c’est mieux communiquer avec les autres

L’écriture, une ouverture sur le monde

L’écriture permet de trouver des ressources étant en nous auxquelles nous n’accèderions pas autrement. Outre son aspect enrichissant de par les connaissances dont elle nous dote, et donc de l’ouverture sur le monde qu’elle suscite, elle provoque aussi des changements importants et favorables à notre personnalité. À la condition bien sûr de ne pas se focaliser sur des thèmes toxiques dénigrant telle personne ou telle culture pour des raisons douteuses. Je suis peut-être naïf – bien que j’en doute fortement –, mais il me semble qu’écrire doit partir d’un bon sentiment. Pas dans le sens où nous formerions, écrivains et lecteurs que nous sommes, un tout harmonieux utopique où nous convergerions vers une société idéale main dans la main, non. L’époque que nous traversons se dirigeait plutôt dans la société de la main dans la gueule, hélas. Mais…

Soyons d’accord sur nos désaccords

… Mais le fait d’écrire – et de lire – préparent souvent un possible terrain d’entente. Sans invectives, sans paroles méprisantes, seulement en recourant à ce phénomène trop peu répandu qu’on pourrait appeler s’expliquer calmement. Dis-moi nos points de désaccord, je te dirai pourquoi ils n’ont pas forcément lieu d’être. Soumets-moi tes opinions, même si elles sont totalement en opposition aux miennes, en essayant que je me sente concerné sans chercher à tout prix à me convaincre. Je suis certain que se former à l’art d’écrire est un moyen de dépassionner les débats en en valorisant le contenu. Je n’invente rien en disant que plus on sait verbaliser les causes des tensions, moins les conflits sont fréquents.

S’extraire de la propagande

Notre société souffre d’un mal profond : l’incommunicabilité. L’incapacité à entendre ce que l’autre a à nous dire puisque nous voulons précéder ses arguments de notre propre vérité que nous tenons pour seule valable. Je n’innove pas non plus en rappelant cette phrase : « Un mensonge répété mille fois se transforme en vérité. » Savez-vous à qui elle est attribuée ? À Joseph Goebbels, le ministre en charge de la propagande nazie. Une variante ? « Un mensonge répété dix fois reste un mensonge ; répété dix mille fois, il devient la vérité. »  Celle-ci serait d’Adolf Hitler. Désolé de vous imposer d’aussi peu charmantes compagnies, mais comme vous allez le voir, c’est pour la bonne cause.

Orages et incendies verbaux

Du point Godwin au point d’entente

Parfois, user d’un point Godwin peut se révéler utile pour éclairer un propos, le mien étant de souligner que la vérité et la relation entre les êtres peuvent se construire sur des façons de voir les choses différemment. Si deux personnes discutant d’un sujet le complètent en échangeant les informations qu’elles en ont plutôt que de les opposer, elles parviendront peut-être à un consensus qui les aura fait progresser. Pas à tous coups, bien sûr, ce serait illusoire de le croire. Mais en huilant nos échanges en passant par ce qu’on apprend de l’écriture, on augment forcément nos chances de forger un modèle de conversation plus constructif, à défaut d’une conversation modèle.

Réfléchir

Comme la plupart d’entre vous (enfin, j’imagine que c’est le cas), il m’est arrivé d’avoir eu des discussions orageuses avec une personne pour laquelle j’éprouvais la plus profonde estime. Et d’en ressentir après coup de vifs regrets, mais le mal était fait. Il y a deux cas de figure des plus communs dans ce genre de situation : soit vous vous enfermez par orgueil dans la certitude de votre discours même s’il comporte des failles que la personne en question a su déceler, provoquant votre colère ; soit vous tentez d’aplanir les motifs de la dispute en essayant de mettre le doigt sur ce qui a pu déclencher une conversation houleuse et d’en reparler en termes plus mesurés. Cette attitude porte un nom : réfléchir. Existe-t-il un meilleurs moyen d’y parvenir si ce n’est en écrivant – en recherchant les mots les plus adaptés afin d’exprimer vos sentiments de manière apaisée ?

D’un mot, éteindre l’incendie

Eh bien, ma réponse ne va pas être une révélation extraordinaire, mais je vous la fais quand même : non. Ah, vous vous attendiez à une grande envolée lyrique ? Désolé, mais lorsqu’un terme correspond parfaitement à définir votre position, inutile d’en faire des caisses ! Bien communiquer, c’est utiliser le bon mot au bon moment, comme l’écriture nous oblige à le faire. Plus on écrit, plus l’aisance à exposer ses idées sans nécessité de forcer le trait – ce qui vous rend crédible aux yeux de votre interlocuteur – se fait naturellement. Il est évident que dans le feu de l’action, les esprits peuvent s’enflammer et la communication être réduite en cendres. Mais un seul mot peut suffire à éteindre cet incendie verbal dès les premières flammèches : celui qui, en le précédant, empêche le mot de trop de surgir…

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