Apprendre & Pratiquer le métier d'écrivain

Qu’est-ce qu’un atelier d’écriture ?

Cet article présente des ateliers d’écriture et leurs fonctionnements.  Cet article s’efforce de rétablir la vérité sur leurs origines, leurs apports.  Ils  ne sont pas une invention «importée» des USA comme on l’entend souvent.  Ils suscitent bien des fantasmes et des critiques. Espérant faire évoluer les discours conventionnels et les idées toutes faites…

Qu’est-ce qu’un atelier d’écriture ?

Ecrire en groupe

L’atelier d’écriture est constitué d’un groupe de personnes qui écrivent ensemble, s’entraînent à rédiger en utilisant des procédés d’écritures créatives inspirés le plus souvent par des textes d’auteurs ou inventés par les écrivains.

L’atelier désigne un lieu où l’on fabrique quelque chose de manière artisanale. L’atelier est une formulation courante en formation et animation pour signifier qu’il s’agit d’un endroit où l’on pratique une activité qui concerne un groupe restreint de personnes. La contribution de chacun est une ressource précieuse pour le groupe car elle facilite le développement personnel ainsi que les apprentissages.

Le choix de ce terme « atelier » confère à l’écriture un caractère artisanal (pièce unique réalisée par un homme) et sous-tend un processus d’élaboration qui n’est plus exclusivement personnel. L’intimité des productions reste néanmoins protégée par le respect et la confidentialité. Elle s’ enrichit par la présence du groupe.

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Quel type d’écriture peut-on aborder en atelier d’écriture ?

Tout type d’écriture peut s’envisager en atelier d’écriture : l’écriture professionnelle, journalistique, créative, littéraire, didactique et même l’écriture scolaire et universitaire ! Le plus souvent, les ateliers d’écriture s’organisent autour d’une écriture personnelle, inventive, ludique, librement consentie. Tous les « prétextes » sont bons du moment qu’ils donnent envie d’écrire : des jeux de mots, des jeux d’expression, des commentaires de textes, de livres…

Cette notion d’écriture est même à prendre au sens large. On parle aussi d’écriture filmique ou musicale. Des ateliers de ce type peuvent facilement se concevoir. Il pourrait aussi regrouper tout type d’artistes désireux de partager des moments de création. Ils ne sont pas condamnés à la solitude après tout.

L’atelier d’écriture possède ainsi un point commun avec une école d’art en ce sens qu’il peut être à la fois un lieu d’apprentissage d’une technique, un lieu de pratique d’activités artistiques et un lieu de création.

Comment fonctionne l’atelier d’écriture ?

Cette activité d’écriture en groupe requiert la participation de tous. L’un des premiers objectifs est de faire advenir des échanges authentiques. Ainsi la présence d’un groupe facilite-t-elle l’expression de chaque participant. Le degré élevé de confiance se doit d’être suffisant pour qu’un tel groupe fonctionne harmonieusement. Chacun doit posséder des savoir-faire sociaux et faire preuve de cordialité, d’écoute, de respect afin que la prise de parole devienne naturelle. Les réponses aux diverses sollicitations se doivent d’être adaptées et bienveillantes. L’ambiance se veut incitative et aidante pour passer à l’action en favorisant la découverte, la stimulation, la prise de parole. Ces facteurs sont autant de leviers de développement de la créativité. Le rôle de l’intervenant est aussi important que celui du groupe.

Un atelier se déroule en plusieurs phases.
Chacune d’entre elles correspond à une étape du processus de production du texte. On compte généralement 4 ou 5 phases :
– Passation d’une consigne (ou proposition d’une activité liée à l’écriture)
– Écriture consécutive à cette proposition d’écrire (appelée consigne)
– Lecture à haute voix des textes par les apprenants juste après leur rédaction, à chaud
– Retours critiques et constructifs sur les productions par l’ensemble du groupe et l’intervenant avec une prise de parole égalitaire. Les temps de paroles et les arguments développés ont le même poids.

Dans l’ouvrage Les ateliers d’écriture, Premières rencontres nationales des ateliers d’écriture d’Aix-en-Provence Février 1993, Claire Boniface qualifie ainsi ces quatre étapes :

Motivation. Une situation d’écriture (consignes, exercices, inducteurs…) donnée par un animateur
Production. Un temps d’écriture des textes (ou écrits, productions)
Communication. La lecture des textes (publication, communication, socialisation)
Réaction. (retours, réactions, commentaires, corrections, résonances)

Viennent parfois s’ajouter des activités de réflexion :
Lecture critique en sous-groupe avec une analyse collective
Restitution de ces travaux à l’ensemble du groupe avec un deuxième niveau d’analyse qui s’opère avec l’éclairage de l’intervenant.

 

Un fonctionnement évolutif des ateliers d’écriture

Ce descriptif des activités n’est pas un « modèle institutionnel canonique », ni une organisation figée. Il existe des variantes : les textes peuvent s’écrire en dehors de l’atelier d’écriture. Celui-ci peut se concentrer uniquement sur des échanges critiques des textes, comme dans un comité de rédaction. D’autres s’adressent à des publics en situation d’incapacité d’écrire : les enfants de moins de 6 ans, les personnes illettrées ou très âgées. L’atelier se transforme en groupe de paroles et c’est l’intervenant qui retranscrit les échanges.

Les ateliers d’écriture n’ont pas échappé à la révolution numérique. Ces nouveaux outils ont apporté beaucoup de souplesse dans les ateliers d’écriture à distance. La taille du groupe peut s’étendre à celui d’un réseau social. L’usage de la visioconférence permet de combiner des ateliers d’écriture individualisés avec des visioconférences de groupe. Les temps d’écriture sont librement consentis. La consigne d’écriture peut être remplacée par le texte des participants. Celle-ci se trouve diffusée en libre-service sur un site.

Parmi les apports le plus intéressants du numérique, on peut noter l’entraînement et la prise de recul vis-à-vis de ses textes et l’enregistrement des séances de formation en visioconférence. L’accessibilité constante du site d’écriture procure à chacun la possibilité de s’entraîner à écrire au contact des autres au moment où il est disponible. Comme les textes et les avis sont écrits en temps différé, chacun a le temps de se relire, de penser et de réfléchir… à condition d’impulser des pratiques de communication sur Internet à contre-courant des demandes de réponses instantanées et des clics frénétiques. L’esprit livre school en est un exemple. Enfin, les vidéos de formations peuvent être enregistrées. Ainsi l’auteur en formateur peut-il revoir son cours autant de fois qu’il le souhaite afin d’assimiler toutes les informations.

 

Les deux moments clés de l’atelier d’écriture

Deux étapes particulièrement attendues par les participants sont la délivrance de la consigne d’écriture et la réception des avis de l’intervenant, ainsi que « le retour » de ses pairs.
La consigne stimule autant qu’elle guide le rédacteur. Le temps imparti, volontairement court dans une animation en salle, pousse les participants à se « jeter à l’eau », sans réfléchir, en se laissant entraîner par la convivialité et l’enthousiasme du groupe. La communication qui s’en suit vient satisfaire des besoins psychologiques. La gratification et la présence des autres auteurs renforcent le désir d’écrire.

« Les retours » correspondent à un avis de lecture argumenté sur le texte produit. Ils s’effectuent le plus souvent à chaud dans un atelier d’écriture traditionnel, après la lecture orale ou silencieuse. A distance, l’intervenant n’a pas la charge de gérer le groupe. Il peut donc se concentrer sur le texte et prendre le temps de rédiger des avis circonstanciés.
Selon l’objectif de l’atelier, l’animateur et les participants portent leur attention sur différents aspects des textes : le sujet traité, l’originalité, la pertinence des développements, la forme…. Il existe de multiples manières d’apprécier un texte. On peut évaluer la correction de la langue, le respect des règles de composition d’un texte, d’un genre ou d’une forme littéraire voire même la fantaisie à utiliser la consigne d’écriture…

Les avis sont d’autant plus variés que l’intervenant se montre créatif, professionnel dans l’écriture ou encore pédagogue.
Dans un atelier d’écriture à distance, les commentaires se partagent de la même manière à la différence qu’ils sont écrits, voire enregistrés dans des vidéos partagées. Dans ce cas la traçabilité des textes, des commentaires est complète.

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 A quoi servent les ateliers d’écriture ?

La majeure partie des ateliers d’écriture s’intéressent plus à l’expression qu’à l’apprentissage de l’écriture proprement dite. Voici une liste non exhaustive de leurs utilisations tant les attentes liées à la lecture et à l’écriture peuvent être infinies.

Les ateliers thérapeutiques
– Un travail de réconciliation avec soi, avec l’écriture, avec les autres qui s’appuie sur les ressources et le pouvoir du langage
– Une technique, un moyen de réparation de soi : l’anti-maux
– Une solution pour transcender le quotidien, évacuer des problèmes

L’orientation sociale
– Lieu d’expression démocratique et citoyenne, parfois sous forme « d’agora »
– Un lieu de socialisation pour des publics exclus ou en difficulté
– Une manière de tisser du lien social entre des personnes isolées

Les loisirs culturels
– des Loisirs créatifs et récréatifs en relation avec la littérature et son actualité
– un lieu d’expression où les mots prennent davantage de poids, de sens en offrant des expériences de lectures
– Une manière créative de faire connaître des livres, des auteurs, de faire lire et de vendre des livres

L’apprentissage
– L’apprentissage de l’écrit et l’émergence d’une écriture personnelle
– L’apprentissage de la liberté, de la créativité, de la communication, de la langue française, de l’esthétisme littéraire, d’une méthodologie permettant d’écrire plus facilement.
– Un lieu d’expression des talents
– La formation des écrivains

L’expérimentation créative
– Un laboratoire expérimentant des pratiques d’’écriture, d’animation, d’autres formes du langage oral ou écrit
– Un lieu de recherches et d’expérimentations de la littérature

 

Une autre pédagogie : apprendre à écrire en écrivant à plusieurs

L’animateur d’un atelier d’écriture n’a rien de commun avec un enseignant. Il n’est pas un pourvoyeur de connaissances. Il ne demande pas de se conformer à une théorie, à un modèle, une manière de procéder unique. Il participe aux découvertes du groupe et contribue au processus de production de texte. Enfin son rôle est d’encadrer l’activité du groupe et de le rendre productif, serein.
L’activité de l’apprenant est centrale. Seules ses expériences personnelles lui permettent d’assimiler ce savoir écrire, élaboré au fil des siècles par des auteurs mais aussi par des rhéteurs, des lecteurs, des pédagogues. Ces entraînements aux bonnes manières de s’exprimer supposent que la personne soit en capacité de s’exprimer. Cela ne va pas de soi.

Chacun passe plus ou moins par ces étapes d’empêchement. On se retrouve confronté à des habitudes d’écrire figées. L’absence de lectures nourrissantes limite notre capacité à penser. Les croyances limitantes créent des peurs et de l’autocensure. Les frustrations, les émotions négatives sont autant de facteurs qui nuisent à l’expression. On croit prendre la parole alors que l’on répète en boucle les idées ressassées ou si communes qu’elles sont devenues des clichés. L’inhibition et les habitudes agissent à notre insu. Sans parler de la création et de cette confrontation au vide, à ce qui n’est pas encore créé, la fameuse « page blanche ».

Le travail d’un animateur d’atelier d’écriture est immense afin d’aider une personne à libérer son expression, à se reconnecter avec elle-même, à reprendre le contrôle de son expression personnelle, à prendre du recul. Ce n’est qu’ensuite que l’apprenant peut exercer pleinement son esprit critique, apprendre et s’affirmer en écrivant. Ces besoins expliquent en partie pourquoi les ateliers d’écriture se concentrent sur l’expression personnelle et envisagent plus rarement la formation.

Les différents courants des ateliers d’écriture contemporains

Elisabeth Bing
L’initiative d’Elisabeth Bing a particulièrement marqué les esprits.  En France, c’est Elisabeth Bing qui la première, en 1976, relate une expérience d’écriture menée avec des enfants caractériels en institut médico-pédagogique dans un livre aujourd’hui célèbre : « Et je nageais jusqu’à la page… ».
Sa pratique est fondée sur la notion de réparation. L’école modélise l’écriture et entretient la notion d’incorrection. Les enfants d’I.M.P. sont alors en rejet de l’apprentissage scolaire de l’expression écrite. Elle va alors solliciter l’imaginaire, l’émotion ; elle va leur redonner la parole, donc la plume et la liberté de l’utiliser. L’un des fondateurs de L’Aleph, Alain André a été formé par Elisabeth Bing, entre autres.

Le groupe d’Aix-en-Provence
Le Groupe d’Aix, avec Anne Roche, mettra en place à Aix-en-Provence une maîtrise d’écriture dans les années 1970. Les étudiants pourront participer à des ateliers d’écriture et avoir une pratique d’écriture personnelle, parallèlement à l’élaboration du mémoire selon les règles requises.

L’OULIPO (Ouvroir de littérature potentielle)
En 1960, à l’initiative d’un écrivain, Raymond Queneau, et d’un mathématicien, François le Lyonnais, un groupe d’écrivains constitué en OULIPO va chercher des aides à la créativité pour lui-même. Il les trouve dans des contraintes alphabétiques, sémantiques, ou même mathématiques. Pour les écrivains de l’OULIPO, la contrainte libère l’imaginaire. L’auteur est concentré sur la difficulté à contourner, moins préoccupé du sens, ce qui permet à l’imprévu de surgir.

La textique de Jean Ricardou
À la suite de Jean Ricardou, Claudette Oriol-Boyer, universitaire à Grenoble, pense qu’écrire, cela s’apprend et que celui qui va apprendre à écrire aux autres doit disposer d’une triple compétence d’écrivain, de théoricien et d’enseignant. Elle prône la réécriture des textes en fonction de nouvelles contraintes de forme.

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L’histoire « officielle des ateliers d’écriture en France en question

Certains animateurs d’ateliers d’écriture se revendiquent aujourd’hui comme étant les « inventeurs » des ateliers d’écriture. Ces affirmations font table rase du passé. Contrairement à ce que l’on peut être tenté de vous faire croire : les ateliers d’écriture ne sont pas « nés » au XXe siècle. Ils ne viennent pas des USA selon la formule consacrée des Working Work Shop. Ils ne sont pas le fruit d’un unique cerveau. Remontons ensemble dans le temps.

A l’origine des arts oratoires et du discours

Nous sommes en 42 après Jésus Christ. Quintilien, avocat, écrivain et professeur de rhétorique nous a légué des méthodes d’écriture encore utilisées aujourd’hui. En caractérisant les cinq arts oratoires, il nous fournit la meilleure des méthodes d’écriture afin de composer un texte utile et adapté à ses destinataires.
Les cinq étapes qui caractérisent cet art oratoire :
inventio (« l’invention ») : trouver quoi dire sur un sujet
dispositio (« la disposition ») : savoir organiser ce qu’on va dire afin de bien développer son sujet
elocutio (« l’élocution ») : choisir la façon pour le dire pour intéresser ses destinataires
actio (« l’action ») : savoir allier la parole et le geste, ou écrire pour faire agir
memoria (« la mémoire ») : retenir ce qu’on doit dire : n’est-ce pas la vertu d’un bon titre et d’un excellent texte ?

Une consigne d’atelier d’écriture bien construite guide le participant à réaliser chaque étape de ce processus d’écriture.

Autre exemple, les journalistes se servent quotidiennement de l’hexamètre de Quintilien. Cet auteur du 1er siècle après J.C. pose comme règle de contenu pour relater un fait en ces termes : les « circonstances » la personne ; le fait ; le lieu ; les moyens ; les motifs ; la manière ; le temps. Plus connue sous cette forme QQOQCCP, pour « Qui ? Quoi ? Où ? Quand ? Comment ? Combien ? Pourquoi ? ». Ce sigle mnémotechnique sert à relater un événement, réel ou fictif, de manière complète et intelligible. Cet hexamètre est connu aussi sous cette forme plus réduite : « qui a fait quoi, où, quand et pourquoi ? ». Enfin, parmi les rhéteurs, il faut ajouter au minimum Cicéron et Aristote connu pour sa poétique…

 

Des ateliers d’écriture aux temps des Romains

On retrouve des traces des cercles littéraires et des ateliers d’écriture à l’époque romaine. Vigneult Marville, un moine et homme de lettres du 17e siècle, en fait état selon ces termes : « Les Romains avaient une coutume fort louable et très utile, tant qu’on sut en user : c’était de réciter les ouvrages de leur composition en présence de leurs amis, avant que de la donner au public. Elle avait en cela deux fins : la première était de recevoir les avis et corrections, dont les gens plus habiles ont toujours besoin ; et la seconde, qui était une suite de la première, de ne publier rien qui ne fut accompli».
Autre exemple Ausone (310-395 av. J.-C.) poète à Bordeaux, avait l’habitude de se réunir avec quelques amis pour lire les vers de leur composition. Il s’agit à l’évidence d’un atelier d’écriture à une époque où cette appellation n’existait pas encore.

Quelques apports du 19ie siècle

À l’école du Parnasse
Ce groupe littéraire de la seconde moitié du 19e siècle, animé par Théophile Gauthier (1811-1872) affirmait qu’écrire pouvait s’enseigner donc s’apprendre « je m’entourerai de jeunes gens et je les initierai aux secrets de la forme et aux mystères de l’art. Tout s’apprend en ce monde et l’art comme le reste. Je convertirai mon salon en atelier de littérature et je formerai des élèves».

Antoine Albalat (1856 – 1935)
Antoine Albalat, éminent pédagogue, a rédigé plusieurs manuels d’écriture. C’était un écrivain spécialiste de la littérature française. Il écrit dans la préface de Comment il ne faut pas écrire : « Après avoir enseigné l’art d’écrire par la méthode directe, c’est-à-dire par le métier et les procédés, il nous restait à faire la contre-épreuve, c’est-à-dire à montrer comment il ne faut pas écrire.
Partant de ce principe qu’il est plus difficile d’éviter un défaut que d’acquérir une qualité, et qu’il y a autant de profit à étudier ce qui est mal écrit qu’à étudier ce qui est bien écrit, j’ai été conduit insensiblement, à travers mes lectures, à dresser une sorte de recueil des principaux défauts de style, exagérations d’écoles, fausses doctrines, erreurs à la mode, tournures vicieuses, dérèglements d’imagination et de goût, négligences, phrases désagréables et autres locutions plus ou moins volontaires qui font partie de ce qu’on pourrait appeler le mauvais art d’écrire. »

 

Quelques faits marquants du XXe siècle

Les boutiques d’écriture américaines

1937, aux U.S.A est créé le premier diplôme qui sanctionne les cours de «créative working shop ». En 1960 on dénombre 340 cours dispensés par les écrivains à l’université. Ces boutiques d’écriture créative forment des écrivains. Elles s’adressent à des publics ayant une maîtrise certaine de la langue et possédant des aptitudes à créer. Des auteurs célèbres se sont formés dans ces ateliers : Stephen King, Dan Simmons… et en France, plus proche de nous, Anna Gavalda.

Célestin Freinet : le tâtonnement expérimental, méthode naturelle d’apprentissage de la langue

Après la première guerre mondiale, un instituteur de campagne, Célestin Freinet, proposa des alternatives pédagogiques à un enseignement public qu’il jugeait trop directif et à travers lequel l’adulte endoctrinait l’enfant.
Il développa l’idée du texte libre et du journal scolaire. Les classes Freinet sont des laboratoires de vie : l’adulte aidant l’enfant à poursuivre dans ses recherches spontanées. L’écriture est centrée sur l’expression du sujet. Elle est à la fois le support de la parole et un support pédagogique. La pratique est préférée à la théorie.
« Freinet est l’inventeur d’une pédagogie rigoureuse fondée sur des techniques novatrices : plan de travail, production de textes libres, imprimerie, individualisation du travail, enquêtes et conférences, ateliers d’expression création, correspondance scolaire, éducation corporelle, réunion de coopérative. Il expérimente sa conception de l’enseignement en fondant une école à Vence, devenue publique en 1991. » Wikipédia

Une demande sociale d’expression et de construction de soi

En 1968, avec la libéralisation des mœurs, la volonté de mettre l’écriture à la portée de tous se révèle un acte politique et militant. Cette contestation vise à retrouver un pouvoir d’exister par sa parole et de bénéficier d’une culture et d’un savoir-faire réservés à une élite. Les associations de formation continue, de promotion sociale (courants d’éducation populaire), ont largement contribué à cette démocratisation du savoir. C’est à cette période que les ateliers ont commencé à proliférer en France, le contexte étant particulièrement favorable.

 

Depuis 1968, les ateliers d’écriture se sont développés  sans forcément tenir compte de l’héritage du passé. Cette vulgarisation les a dénaturés. L’appât du gain est tel que tout le monde ou presque se sent en mesure d’animer des ateliers d’écriture. La célébrité remplace la compétence. La méconnaissance de la pédagogie spécifique de l’apprentissage de l’écriture prive les participants d’un accompagnement précieux et d’une formation de qualité. Misons sur leur intelligence afin qu’ils puissent faire la différence d’un atelier d’écriture à l’autre dans cette multitude de propositions.

Rappelons aussi que l’atelier d’écriture n’est pas un modèle « à part » dans l’éducation et la formation. Il s’agit bel et bien d’un acte de formation. Celui-ci est  d’ailleurs de plus en  plus réglementé… dans les textes. Si la législation française était appliquée, ces animateurs non déclarés auprès de la Préfecture seraient passibles d’une amende de 4500 € (art. l’article L. 6351-1 du code de travail). La pratique illégale de la formation est encore une fiction… jusqu’au jour où L’Etat français aura envie de sanctionner ces infractions et remplir un peu plus ses caisses. Pas de précision à ce jour quant aux propositions de prestataires étrangers. « La loi punit car elle protège ». Elle a au moins le mérite de garantir la qualité de la formation  pour ceux qui s’engagent dans cette voie, à condition bien sûr de choisir des dispensateurs de formation français…

L’équipe de L’esprit livre espère que cet article vous a fourni un éclairage plus juste sur les ateliers d’écriture. N’hésitez pas à nous faire part de vos remarques dans les commentaires en bas de page.

 

Notes

L’illustration de cet article est de Luc Turlan, auteur et illustrateur jeunesse. Il a soutenu notre démarche d’animation d’atelier d’écriture dès les origines, en 1996. Il travaille aujourd’hui pour Geste Editions. Voir sa page Facebook : https://www.facebook.com/turlan.luc/

 

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Références sur le sujet

 

> L’Oulipo et le nouveau roman

> Présentation de l’oulipo

> Apostrophe le nouveau roman Jean Ricardou et le nouveau roman, archive de l’INA

> L’art oratoire, Quintilien, pédagogue 1er siècle après Jésus Christ, toujours d’actualité, comme l’illustre la vidéo.

L’éloquence ne se limite pas à l’écrit…

> Quintilien, 42 après Jésus Christ
http://www.cosmovisions.com/Quintilien.htm

> La fiche Wikipédia sur Quintilien
https://fr.wikipedia.org/wiki/Quintilien

> La pédagogie Freinet : la libre expression, la coopération

> Référence sur l’œuvre de Célestin Freinet sur le site de Philippe Meirieu, le célèbre pédagogue
https://www.meirieu.com/PATRIMOINE/freinet_jacquespain.pdf

 

Ouvrages conseillés

Premières rencontres nationales des ateliers d’écriture d’Aix-en-Provence, Février 1993

 

Animer un atelier d'écriture

Animer un atelier d’écriture, Odette et Michel Neumayer
Animer un atelier d’écriture : Faire de l’écriture un bien partagé Broché – 13 février 2003
« L’écriture y est envisagée non comme don ou comme inspiration, au contraire, les processus de création sont étudiés. Ce livre s’adresse à un cercle assez large de personnes «

Jean Ricardou, la Textique

 

Jean Ricardou, du nouveau roman à la textique
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