Apprendre & Pratiquer le métier d'écrivain

William Kotzwinkle, l’homme qui affole la boussole littéraire

William Kotzwinkle illustre de livre en livre sa maîtrise du métier d’écrivain. Outre le fait d’exceller dans tous les genres, sa puissance créatrice amène le lecteur à explorer de nouveaux territoires littéraires.

William Kotzwinkle

William Kotzwinkle, né le 22 novembre 1938 à Scranton, Pennsylvanie, est un scénariste et un écrivain américain de roman policier et de littérature d’enfance et de jeunesse. Wikipédia

Source photo Wikipédia

 

L’étrange archipel de Kotzwinkle

Certains écrivains empruntent diverses routes, musardent dans les genres avec des bonheurs inégaux, se cherchent, expérimentent… Il est plus que rare qu’un de ces auteurs touche-à-tout excelle dans chacun des domaines sur lesquels, au hasard de ses envies, il a jeté son dévolu. Aussi, quand on en tient un, le besoin de le faire connaître finit par s’apparenter à une intolérable démangeaison : il faut gratter le sujet.

William Kotzwinkle fait partie de ceux-là, qui d’un roman policier brillant (le jeu des Trente) à une aventure sentimentale à la fois hilarante et poignante (Book of love), en passant par la science-fiction (la novellisation du film E.T.), le loufoque assumé (Midnight Examiner), le drame familial (Le nageur dans la mer secrète) ou l’expérience tant onirique que surréaliste (Fata Morgana), fait mouche à chaque fois.

Et bien sûr, il a un roman culte à son actif (Fan Man).

 Bref, du nord au sud de la littérature, de l’ouest à l’est du style, il nous déboussole pour le plus étourdissant des voyages. Paradoxalement, avec lui, on a toujours le sentiment de se trouver en territoire connu bien que chacune de ses explorations nous mène vers des îles de papier non cartographiées. Si ses romans contiennent des repères nous étant familiers, sa pensée est en soi une forme d’exotisme.

 

L’art de réinventer les règles

Kotzwinkle est entré chez moi un 25 décembre, avec  Le jeu des Trente. Loin de n’être devenu qu’un lointain cadeau de Noël, il fait partie de ces livres dont il me plaît de relire certains passages, quand ce n’est pas pour le dévorer une fois encore de la première à la dernière page. Assurément, ce n’est pas un jeu de satiété.

Je pense avoir pris conscience d’une autre facette du polar grâce à ce bouquin. Bien sûr, il ne se soustrait pas à certains codes inhérents à cette littérature, mais à sa manière dépoussière bon nombre d’archétypes.

Ce fut donc mon contact initial avec Kotzwinkle et son humour décontracté s’imposant dès les premières pages sans que la mise en place de l’intrigue ait à en pâtir ni la caractérisation des personnages à en souffrir, au contraire.

Bien sûr, des auteurs de polar talentueux possédant une force comique jubilatoire, il en existe bien d’autres. Seulement, Kotzwinkle a pour lui une créativité bien supérieure à la moyenne, aussi cette capacité lui permet-elle de soumettre à son lectorat des histoires et des situations vraiment originales.

Pétri d’une intelligence vive, doté d’un ton caustique et enjoué, de réflexions pertinentes, d’un style dont la hardiesse désopilante de certaines images cultive le sourire du lecteur (les descriptions ci-après en donnent un aperçu), le tout soutenant une intrigue aux rebondissements dignes de ce nom, Le jeu des Trente  surprend à plus d’un titre.

« Son corps long et anguleux était surmonté d’un visage rond et pâle, au menton insignifiant : on aurait dit la lune au bout d’une épingle. » (Le jeu des trente, Rivages/Noir, page 60).

« Saul commanda pour nous deux des plats qu’aucune personne sensée ne devrait toucher.

 [… ] Le serveur nous apporta un plat de carpe nageant aussi dans de la graisse de poulet, et des boulettes de viande couvertes de sauce aux raisins. Saul s’extasia : ‘‘Ça, c’est du sérieux !’’, et j’examinai mes boulettes, qui ressemblaient à des mines antichars immergées dans de l’huile de vidange. » (Le jeu des trente, Rivages/Noir, pages 79/80).

 

Du rire qui réchauffe aux larmes qui brûlent

L’humour de Kotzwinkle imprègne quasiment toute son œuvre, aussi éclectique soit-elle. Cependant, il est un de ses livres, Le nageur dans la mer secrète (chez Actes Sud, collection Babel), tranchant par une gravité que l’auteur n’allège jamais du moindre trait d’esprit. Il faut dire que le sujet ne s’y prête guère…

Il y a quelque chose de solennel se déroulant lors de la centaine de pages de Le nageur dans la mer secrète, un sentiment intense et profond qui s’inscrit en nous par la grâce d’une écriture sans fioritures. On comprend après l’avoir lu que non seulement Kotzwinkle a plus d’une corde à son arc, mais aussi plus d’une flèche à nous planter dans le cœur.

 

Kotzwinkle à (h)auteur d’enfant

Autre ouvrage se démarquant par sa structure et son style, Les contes du cahier vierge (aux éditions Joëlle Losfeld), qui comme son nom l’indique est un recueil (très joliment illustré par Joe Servello) de quatre contes.

Suivant un fil conducteur orienté vers le fantastique, servis à merveille par l’inventivité de Kotzwinkle, ces quatre récits bénéficient d’une écriture volontairement surannée, charmante en quelque sorte.

Bien qu’il ne soit pas spécifiquement destiné aux enfants, ce livre pourrait être rattaché à la littérature pour la jeunesse, genre auquel Kotzwinkle a consacré une douzaine d’ouvrages. S’ils ne sont malheureusement pas tous publiés en français, on peut citer, pour donner une idée, les séries Walter le chien qui pète ou Inspecteur Mantis et leurs suites.

 

En contrée hospitalière où que l’on se perde

On pourrait craindre en abordant l’œuvre si foisonnante de Kotzwinkle de ne pas y trouver son compte, de s’égarer, puisqu’il ne figure pas parmi ces auteurs auxquels on pourrait associer une thématique immédiatement identifiable d’un livre à l’autre.

C’est une appréhension que l’on peut tout de suite dissiper : quels que soient l’univers où il nous plonge et le style adopté, qu’importe l’histoire racontée et le chemin qui y mène, la voix de Kotzwinkle est à chaque fois reconnaissable – autant qu’inimitable –  et donne à elle seule de la cohérence à l’ensemble de ses textes.

Tout en se sentant toujours dépaysé, le lecteur n’éprouvera jamais la sensation d’être un étranger au monde de Kotzwinkle.

 

Une écriture solaire jaillissant des pales d’un ventilateur

J’évoquais au début de cet article le livre culte qu’est Fan Man (éditions Cambourakis) : pour une fois, contrairement à ce qui est trop souvent le cas de nos jours, ce terme n’est pas galvaudé.

Pour en faire un résumé ne pouvant pas même permettre d’entrevoir dans quelle aventure on va se trouver embarqué, disons ceci : un paumé dans les vapes arpente les rues brûlantes de New York, un ventilateur à la main, afin de constituer une chorale.

Voici le début de la préface rédigée par Kurt Vonnegut, Jr :

« Nous voici en présence d’une musique qui doit être jouée mentalement, et seuls les déchiffreurs les plus vifs et les moins inhibés peuvent la jouer telle qu’elle est écrite et ainsi entendre un flux mental comme on n’en avait encore jamais entendu avant sa publication, en 1974. »

En effet, voici bien une voix qui n’était jamais parvenue à nos oreilles jusque-là, et s’éleva à l’époque au-dessus des murmures banals d’écrivains routiniers pour enfler jusqu’aux clameurs du succès.

 

Des fusées d’imagination

Considéré par certains comme le prolongement de la littérature beat, voire l’un de ses ultimes sursauts (Jack Kerouac occupant une place importante chez Kotzwinkle), Fan Man est un feu d’artifice de bonne humeur hallucinée illuminant les déambulations physiques et intellectuelles de Horse Badorties, son héros-narrateur.

Là où l’œuvre de beaucoup d’écrivains trop vite désignés comme des génies s’apparente avec un peu de recul à un assemblage de pétards mouillés, celle de Kotzwinkle aura tout au long de son parcours explosé d’un bouquet final à l’autre pour notre plus grand plaisir.

À présent octogénaire, qui sait s’il n’a pas une dernière allumette entre les doigts ?

 

lire Lire William Kotzwinkle

 

Fan Man

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Horse Badorties se lève et se couche dans sa turne du Lower East Side, navigue du Bronx à Chinatown, plane sur les hauteurs de Brooklyn. Son immense parapluie sur l’épaule, son merveilleux ventilateur à la main- le fan, man, rafraîchissant – pour rester cool en toutes circonstances, Horse arpente les rues mythiques du New York sixties, maestro en quête de jolies recrues pour la Chorale de l’Amour, sa principale lubie. Sous ses allures clochardesques de Yogi foutraque, Horse garde le cœur d’un jeune homme. Sa petite santé, ses grandes idées ont la démesure héroïque de l’Ignatius de Kennedy Toote. Son langage infusé aux drogues douces, la coolitude hilarante du Big Lebowski des frères Coen. Grand roman comique, Fan Man est comme une parenthèse enchantée, un message beat enregistré, une musique éternellement juvénile. On attendait depuis 1974 la traduction française de ce livre culte.

 

Le jeu des trente

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Tomy Rennseler, un riche antiquaire de Madison avenue renommé pour sa collection d’objet égyptiens, a été assassiné à l’aide d’une injection de venin de serpent puis éviscéré. Devant l’échec de la police à élucider ce meurtre, sa fille Temple engage un privé, Jimmy McShane. Le détective doit affronter un adversaire multiforme et avance, petit à petit, comme dans le jeu des Trente, pratiqué jadis par les Egyptiens, où le vainqueur gagnait le paradis et où le perdant voyait sa conscience dévorée par les dieux des enfers. ” Le jeu des Trente est un suspense à ranger d’emblée parmi les classiques du genre… enfin un best-seller qui mérite d’être un best-seller. Tour à tour drôle, furieux, triste et aussi menaçant qu’un uf de serpent ” Stephen King.

 

Book of love

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” Toute personne qui tentera de trouver une intrigue à cette histoire sera fusillée. Toute personne qui tentera de trouver une morale à cette histoire sera condamnée à l’exil. ” C’est sous cette double mise en garde de Mark Twain que Kotzwinkle place les aventures de Jack Twiller, qui se prend pour divers héros de ” comics ” américains des années quarante. Jack s’intéresse également de près à la vie sexuelle d’Olive Oyl ou de Nyoka, la fille de la jungle. Malheureusement, ses rêves ne tiennent pas longtemps la route dans une pauvre ville minière de l’Amérique profonde, et le superhéros va devenir un adulte désenchanté… On ne présente plus William Kotzwinkle, l’un des écrivains les plus éclectiques qui soient. L’auteur de E.T., Fata Morgana, de Midnight Examiner et du Jeu des Trente fait une sorte d’autobiographie collective de l’adolescent américain des années cinquante, qui allie de manière remarquable l’humour à l’émotion.

 

Fata Morgana

https://livre.fnac.com/a9871720/William-Kotzwinkle-Fata-morgana

Du Paris des fêtards Second Empire aux mystères redoutables de l’Autriche-Hongrie décadente, cette œuvre folle de la littérature policière nous offre un théâtre d’ombres où s’affrontent un policier hanté par ses démons, un baron sanglant, précurseur de Jack l’Eventreur, et l’éternel Cagliostro. Un roman onirique et fascinant où se rejoignent symbolisme, ésotérisme et surréalisme. Entre Conan Doyle, Nerval, Cherteston et Leo Perutz.

 

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