Apprendre & Pratiquer le métier d'écrivain

Bojangles ou la folie d’un jazz en salle d’attente

Les premiers romans ont le vent en poupe. Le Feel Good aussi. Si avec « En attendant Bojangles » Olivier Bourdeaut a, fin 2016, plus fait pour le jazz en général et Nina Simone en particulier qu’une émission musicale intimiste, qu’en est-il de son apport à la littérature ? Et au genre plus au moins codifié du livre feel-good ?  De quoi attirer l’intérêt sur l’histoire de leur conception et de leur diffusion.

 

Pourquoi le feel-good plaît autant ? Les points d’ancrage d’un roman qui gigote

Traiter un sujet grave avec un optimisme teinté de fantaisie garantirait-il de faire pivoter les lourdes portes de la gloire sur leurs gonds ?

S’attacher à dépeindre des personnages décalés au cours de situations ne l’étant pas moins ferait-il se dérouler le tapis rouge vers la célébrité ?

S’aventurer tel un funambule pétulant au-dessus d’un gouffre d’invraisemblances permettrait-il de franchir le périlleux trajet jusqu’au cœur du lecteur ?

Saupoudrer sa prose de rimes qui sans être très riches rendent prospère suffirait-il à poétiser le boucan des rotatives hurlant votre triomphe ?

User d’un humour fragile au point que votre histoire chancelle étourdirait-il un comité de lecture jusqu’à le faire défaillir de joie à l’idée de vous publier ?

Il y a cinq cent mille raisons de penser que oui.

 

Satisfaire le désir de bonheur de ses lecteurs

Cette liste non exhaustive des qualités pointées ici ou là dans l’ouvrage de Bourdeaut vise à souligner que ce roman, tout foutraque qu’il puisse paraître, est constitué de règles correspondant à une attente : non de Bojangles, mais d’un certain lectorat gavé de morosité.

L’auteur n’a certes pas dû se conformer à quelque improbable cahier des charges dont le respect scrupuleux assurerait de devenir la coqueluche de la rentrée littéraire.

Mais il est raisonnable de croire qu’il a su humer l’air du temps et s’adapter quand c’était nécessaire (suite à un refus de Lattès, il a étoffé le personnage du père).

Tout en gardant à l’esprit que ce ne sont certes pas les ventes qui font le talent, et inversement, on peut se dire – bien illusoirement –  qu’étant en possession de ces clefs, on tiendrait là une formule magique. Celle que croient mettre à jour les différents acteurs de la planète littérature dès qu’un roman connaît un succès inattendu.

 

Les théoriciens du succès sur les dents

On voit ainsi surgir les analystes de l’imprévisible et autres décrypteurs de l’originalité rentable. Ils innovent rarement dans le commentaire, mais condensent les tendances. Ils relèvent d’un côté les extases calibrées des libraires et des éditeurs logiquement organisés en coterie pour le plus grand bien de leur protégé. De l’autre les griffures des détracteurs révulsés par des procédés d’écriture jugés superficiels.

D’un côté ceux qui vendent énormément de « Bojangles », de l’autre ceux estimant qu’il s’en écoule beaucoup trop.

Le discours de ces derniers peut d’ailleurs parfaitement s’entendre, si on n’est pas pris dans les phares de l’émerveillement : sentiments « fabriqués », ficelles grosses comme les câbles du pont de Brooklyn, exploitation de la misère humaine sous couvert d’amuser son monde, chaumière parfaitement aménagée pour séjour lacrymal, falsification du réel, etc.

 

La décision des lecteurs reste imprévisible

Au milieu des enthousiasmes et des griefs, les avis des lecteurs représentent un verdict influent. Grâce à la portée des sites dédiés et à la machine de guerre des réseaux sociaux, ils se substituent aux faiseurs d’opinion traditionnels et choisissent leur roi du moment, quitte à plus tard affuter la lame qui le guillotinera.

Une interrogation s’impose souvent quand survient une réussite de cette ampleur, qu’on soit tenant d’un camp ou de l’autre : peut-on refaire un « Bojangles » ?

Sans prendre un gros risque, on répondra par l’affirmative. Comme un peintre reproduirait une toile de maître, sauf qu’il s’agirait ici d’exécuter une copie non pas à l’identique, mais au « détail presque ».  Par exemple, à la façon dont on transposerait Mona Lisa dans un arrière-plan montagneux plutôt couvert que légèrement brumeux, pourvu que son sourire soit reconnaissable entre mille.

Écrire « à la manière de » est une technique qui s’enseigne aussi bien que « peindre comme untel ». Cela nécessite peut-être autant de travail et de rigueur que ne l’exigerait notre propre écriture, mais c’est possible.

 

Le succès littéraire ne supporte qu’un seul nom : celui de son concepteur

Pour autant, cela suffit-il pour devenir le « nouveau Bourdeaut », comme on a pu dire de lui que son style rappelait celui de Boris Vian (comparaison qui a d’ailleurs fini par l’agacer) ? Non, bien sûr. Car de la même façon qu’on saura imiter à la perfection La Joconde, on ne parviendra pas à s’accaparer l’inspiration de Léonard de Vinci.

On peut parvenir à mettre ses pas dans ceux d’un tel écrivain, calquer rigoureusement sa démarche, sans jamais réussir à deviner quel chemin le caractère unique de sa personnalité lui fera emprunter. On doit s’en émanciper, et c’est heureux : si on n’apprend guère sans les bons auteurs, on n’obtient pas le hâle du talent en demeurant dans leur ombre.

On notera qu’avec son deuxième roman, « Pactum Salis », Bourdeaut – et c’est tout à son honneur – n’a semble-t-il justement pas souhaité exploiter le même filon. Parce qu’il ne recelait qu’une pépite ? Sa pierre est en tout cas bien calée dans un édifice feel-good qui prend de plus de place dans le paysage éditorial. Pour le reste, on verra bien.

Mais en attendant…

 

> Qu’est-ce que la littérature feel good book

« Littéralement, l’expression veut dire : un roman qui fait du bien, qui vous fait vous sentir bien. Bref, le genre de livre qui illumine votre journée, vous sauve de la crise de nerfs, vous redonne le sourire, vous offre une bulle d’oxygène loin du quotidien parfois pesant. »
En savoir plus sur la littérature feel good book, sur le Blog :  A livre ouvert

Feel Good : ces auteures qui nous veulent du bien
Cet article de L’express décrypte ces romans à succès

> Résumé du roman  sur Amazon

En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut C’est sur un air de jazz que se déroule cette histoire. Avant de commencer le livre, écoutez Nina Simone chantant Mr Bojangles… Une mélodie enchanteresse, un peu mélancolique …. mais si belle, portée par une voix unique ….

Le livre ressemble à cette musique : beau et triste à la fois, tragiquement amusant par certains côtés, comiquement dramatique par d’autres…. Le lecteur oscille entre le rire et les larmes, il est sur la corde raide, comme cette mère aux multiples prénoms qui joue avec la folie, qui porte sa vie comme un étendard, qui semble prête à basculer d’un moment à l’autre …

Dans la première partie, c’est le jeune fils qui s’exprime avec ses mots d’enfant, ses incompréhensions, les inévitables quiproquos lorsqu’il prend les choses au premier degré etc… C’est drôle et vivant mais on sent poindre le futur et les difficultés qui ne manqueront pas d’arriver. Des passages en italiques nous présentent l’histoire des parents, leur rencontre sous le signe de l’humour avec des dialogues déjantés qui font mouche. On ne peut que tomber amoureux de telles personnes car la fantaisie les habite, emportant tout sur son passage. Mais où est la limite ? N’est-elle pas difficile à trouver, à cerner, comment garder ce fragile équilibre ?

https://www.amazon.fr/attendant-Bojangles-Olivier-Bourdeaut-2016-01-19/dp/B01FIX8D52

À propos du livre

Résumé des éditions Finitude

En attendant Bojangles

> L’auteur est déjà entré dans l’Histoire littéraire

“Alors qu’il est agent immobilier à Nantes, Olivier Bourdeaut décide de se consacrer à la littérature en écrivant, durant deux ans, un premier roman, sombre, qui ne trouve aucun éditeur.

Il entreprend alors un voyage chez ses parents en Espagne où il s’attache à l’écriture, rapide en sept semaines, d’un autre roman léger et loufoque qui devient En attendant Bojangles, publié par la maison d’éditions Finitude, première à s’en porter acquéreur2 quelques jours seulement après la réception, en mars 2015, du manuscrit par La Poste3. Première publication de l’auteur, le roman, tiré initialement à 10 000 exemplaires début janvier 2016, rencontre dès sa parution un grand succès public1 – notamment en raison du soutien enthousiaste de Jérôme Garcin dans Le Nouvel Observateur –, pour atteindre fin mars près de 90 000 exemplaires4 puis 225 000 exemplaires en mai.”

” Succès littéraire dès les premières semaines de sa publication1, il reçoit par la suite de nombreux prix littéraires, dont le prix France Télévisions, le Grand prix RTL-Lire et le prix du roman des étudiants France Culture-Télérama.”

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/En_attendant_Bojangles