Apprendre & Pratiquer le métier d'écrivain

Ecrivez-vous vraiment de la littérature ?

Seuls « les écrivains authentiques » sauraient écrire des textes littéraires si l’on en croit François Busnel dans un article publié dans le magazine Lire. Loin de vous asséner des certitudes sur ce sujet, nous avons mené l’enquête auprès de nos stagiaires. Nous nous sommes concertés sur la manière de produire de la littérature dans nos formations d’écrivain. Cet article vous présente les fruits de notre réflexion. Il vous permettra de forger votre opinion et d’évaluer la dimension littéraire de vos textes…

 

Sommaire

La littérarité définit les caractéristiques littéraires d’un texte

De l’écrit à la littérature

Ceux qui se lancent spontanément dans l’écriture ne font pas forcément la différence entre les formes de l’écriture. L’écriture narrative, celle qui raconte une histoire, n’est pas synonyme de littérature… même si l’auteur est certain d’écrire un roman.

A chaque discipline de l’écrit correspond une manière de communiquer, des règles et des finalités précises. Par exemple, si l’écriture journalistique sert à informer, la littérature a pour objectif de nous faire rêver, de nous émouvoir, de nous divertir, de nous éclairer sur nos visions de la réalité… Plus encore il s’agit d’exprimer ces histoires de belle manière, avec style, force et élégance.

Démonstration ! Ecrivons cette phrase : il pleut ! Rien de littéraire dans cette affirmation. C’est un constat banal. Pour s’intégrer dans une démarche journalistique, le fait doit être nouveau et inattendu, relater un événement qui sort de l’ordinaire du type : Il pleut sur le Sahara. Afin d’intégrer cet événement météorologique dans un texte littéraire, j’ai choisi une citation d’une de nos stagiaires (3e année de formation d’écrivain), Nouchka Favez, elle rédige dans son roman (en cours d’écriture) ceci :

« Proche du sapin, l’atmosphère évolue, inquiétante. Pour en rajouter, des nuages gris-violacés s’amoncellent, s’entrechoquent, décochent des éclairs. Tel un rideau d’argent aux hachures contrariées, la pluie tambourine sur le sol. Les gouttes rebondissent, créent de mini-lacs dans la terre boueuse. » Elle dépeint la pluie de manière vivante, afin de créer une atmosphère et la partager avec son lecteur. Cette description suscite des émotions à la fois visuelles, auditives. L’autrice est peintre. Le passage à l’écriture lui permet de faire vivre ce tableau. Elle se situe dans une démarche esthétique.

Chaque type d’écriture suppose un changement de positionnement du rédacteur afin de passer d’une forme d’expression à une autre. C’est souvent à ce stade que la difficulté s’installe. On croit écrire un roman, alors que l’écriture peut être aussi sèche qu’une lettre administrative. Donner une ampleur littéraire à ses textes requiert de sortir de ses habitudes, d’avoir cette souplesse intellectuelle de passer d’un genre à l’autre. La littérature exige de l’auteur qu’il s’exprime avec sensibilité, audace, originalité. Si la connaissances des procédés permet de mieux s’exprimer, il va de soi que la littérature, c’est aussi une manière d’être.

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L’expression littéraire et ses procédés

Nous avons choisi une définition du texte littéraire pour éclairer cet article et notre réflexion. « Le texte littéraire est celui qui emploie le langage littéraire, un type de langage qui obéit à des préoccupations esthétiques afin de capter l’intérêt du lecteur. L’auteur de littérature cherche les mots appropriés pour exprimer ses idées avec soin et beauté tout en suivant un certain critère de style.

Cette esthétique propre à chaque auteur et à son univers pourra être obtenue au moyen de plusieurs moyens linguistiques et techniques littéraires. Parmi ces moyens, nous retiendrons les ressources grammaticales (en ajoutant, supprimant ou répétant des structures), les sémantiques (à partir de l’altération du sens des mots, telles que la métaphore ou la métonymie) et les phoniques (jeux avec les sens des mots). »

SourceDéfinition de texte littéraire – Concept et Sens http://lesdefinitions.fr/texte-litteraire#ixzz5sY5r2ePf

Les techniques et procédés sont innombrables : les figures de style, les règles de genres littéraires, celles inhérentes aux formes d’expression (nouvelles, romans, nouvelles…), toutes les subtilités de la langue française. Quant à la dimension artistique est esthétique, il existe inévitablement des maîtres, des références, des courants littéraires…

Nous arrivons à la pensée de François Busnel : la littérature est l’œuvre d’un écrivain. Ce que corrobore cette citation : « Riche de sa diversité formelle sans limite autant que de ses sujets sans cesse revivifiés qui disent l’humaine condition, la littérature est d’abord la rencontre entre celui qui, par ses mots, dit lui-même et son monde, et celui qui reçoit et partage ce dévoilement. La littérature apparaît donc comme une profération nécessaire, une mise en mots où se perçoit l’exigence profonde de l’auteur qui le conduit à dire et se dire source Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Litt%C3%A9rature

La littérarité, la science qui définit les caractères littéraires d’un texte

« Roman Jakobson introduit le concept de « littérarité » dans une conférence de 1919, publiée en 1921 (Prague, 1921). Il le définit comme « ce qui fait d’une œuvre donnée une œuvre littéraire » dans la traduction française de Questions de Poétique (1973)

De nombreux théoriciens et poéticiens ont tenté d’approfondir ce concept en définissant quelles étaient les particularités du texte littéraire, sans parvenir à un résultat unanime. Néanmoins, deux grandes tendances sont perceptibles :

  • D’une part, une approche formelle. La littérarité est alors à chercher au niveau du texte même, dans la densité des figures utilisées, dans le soin apporté à la rythmicité de la phrase, etc. Dès lors, elle se détache du fond, de l’objet sur lequel on écrit et réside entièrement dans la forme.
  • D’autre part, une approche subjective dépendante de jugement de valeur variable selon les époques et les pays et qui se perçoit de façon proportionnelle au plaisir que provoque la lecture. Dès lors, la littérarité est un simple statut accordé aux œuvres. » Sourcehttps://fr.wikipedia.org/wiki/Litt%C3%A9rarit%C3%A9

 

Ce qu’en disent les critiques littéraires ?

Attrapant un numéro de Lire dans la pile de magazines, je tombe sur l’édition de septembre 2010 consacrée à la rentrée littéraireL’éditorial de François Busnel apporte un début de réponse sur leurs préférences des lecteurs et l’orientation de la présentation des livres retenus pour leurs qualités littéraires. « La lecture offre ce plaisir à nul autre pareil : découvrir un univers, et, partant, un authentique écrivain. » écrit dans son éditorial François Busnel, mais qu’est-ce qu’un authentique écrivain ? À quoi le reconnaît-on ? J’ai continué mon enquête en glanant des indices fil des critiques.

Examinant les différents articles, la tendance saute aux yeux : les compliments et éloges fleurissent sans se référer, ou rarement, aux critères de cette littérarité. J’ai noté au passage les critères d’évaluation de ces critiques littéraires.

La captation de l’attention

Est mis tout d’abord en avant les capacités du texte à captiver : « Certains ouvrages sont si intenses, qu’ils vous happent entièrement et vous permettent de faire le vide autour de vous. Y compris dans le métro parisien. » ou encore, avec un peu plus de style : « Une œuvre fascinante emmenée par une prose hypnotique qui marquera les esprits. »

Le désir de surprise

Puis apparaît le désir de surprise : « Nous dévorons tellement de livres que nous n’attendons qu’une chose : qu’on nous surprenne ! » suivi de près par une demande consensuelle d’émotions : « Un livre puissant et subtil, douloureux et débordant d’émotions, porté par des personnages attachants et une très belle écriture. »

L’émotion à tout prix

Ce critère revient pratiquement dans chaque critique et s’applique à des ouvrages fort différents : « L’émotion que ce roman provoque, la poésie qui s’en dégage, le parfum de ces roses à huit pétales embaument jusqu’au cœur du livre. »

Quelques cadres de texte plus loin « Une très belle écriture tour à tour crue ou délicate pour un texte touchant. Une fois l’épilogue atteint, vous serez saisi de frissons, et vous vous laisserez submerger par l’émotion. » Pas de critiques sur le savoir-faire de l’auteur mais une promesse d’émotions à toutes les pages !

Le caractère général des avis les rend réutilisables à de nombreux livres. L’art du compliment littéraire reste difficile, pensez bien, avec 600 romans parus en septembre au bas mot chaque année… Le cliché sévirait-il aussi dans la critique littéraire ? A croire que les lecteurs se moquent bien de l’art et de ses techniques pourvu qu’ils éprouvent du plaisir et que les magazines littéraires leur en promettent… Cette tendance n’a pas évolué durant une décennie qui vient de s’écouler, ni d’un magazine à l’autre.

Le diktat de l’émotion

Examinons d’un peu plus près cette demande d’émotions puisque les critiques nous le déclinent à toutes les sauces. La gamme d’émotion s’annonce forcément étendue vu la surenchère d’adjectifs dithyrambiques  : « Grave, drôle, étrange, délicieux. » ou encore : « Grâce à une écriture épurée, sublime, un miracle : «l’émotion pure ». Bien malin celui qui parviendra à cerner la notion « d’émotion pure » ! Plus fort encore, celui qui nous expliquera « l’impureté des émotions » !

Pas de surprise, nous le savons maintenant que la littérature produit des effets sur l’esprit de son lecteur, ce qui suscite principalement le plaisir de lire. Poursuivons la lecture des louanges de ce numéro spécial… « Ce roman plaisir explore avec réussite les arcanes et les coulisses du pouvoir, les liens entre la religion et l’argent, et aborde brillamment les thèmes de l’amitié, de l’honneur et de la trahison. » Ah, on commence à s’intéresser enfin au savoir écrire de l’écrivain, à son intelligence et à sa réflexion sur un sujet.

« Ciselé avec précision, un petit bijou qui vous ravira. » ; « Un roman captivant, très documenté, d’une maitrise exceptionnelle. » Puis arrive, comme un pavé dans la mare, la richesse de la lecture : « Autant de pistes de lecture pour un livre dont beaucoup de lecteurs ne soupçonnaient même pas l’existence ». Ah ? Hélas pas de proposition concrète. Le propos stagne aux portes de la littérature. Peu de critiques parlent réellement de cet art littéraire. C’est pourtant le saint Graal de l’auteur. Le constat s’impose de lui-même : la littérarité est d’abord un concept d’écrivain !

Ce n’est pas sans malice que j’imagine bien la tête de nos auteurs en formation si nous rédigions nos notes de lecture à la manière de ces critiques ! J’y penserai un jour de 1er avril. La vérité est que nous suons autant qu’eux pour les faire progresser !

 

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Quelques avis sur la littérature de nos stagiaires

Le dépaysement imaginaire mémorable

« La littérature », c’est une histoire de fond, agréable à lire, qui me sorte de mon quotidien et me fasse voyager un peu, aller à la rencontre d’autres vies, d’autres époques, qui m’interpelle sur mes croyances et mes valeurs. Je suis très sensible aux choix de l’auteur en matière de construction de phrases, d’organisation et d’enchaînements des idées, de vocabulaire aussi. Par exemple, j’adore me jeter sur mon dictionnaire parce que je rencontre un mot que je ne connais pas (si, si ça m’arrive ! et je n’ai pas honte de l’avouer). Enfin, je crois qu’une œuvre « littéraire » laisse des traces sur moi, c’est-à-dire que je ne l’oublie pas. » Elsypt – France

Littérarité : un concept mou et insaisissable

« Une seule chose me paraît évidente : ce que vous appelez la littéralité (enfin, le peu que j’en ai compris) semble échapper à tout essai de définition rationnelle, complète et univoque. Contrairement aux concepts scientifiques (sciences dites « dures » ou « exactes ») elle se dérobe et se modifie subtilement. On pourrait en parler indéfiniment avec une multitude de nuances mal délimitées, la littéralité semblant principalement liée aux perceptions et aux états émotionnels de la personne qui en parle et la ressent. Cette espèce de concept mou et insaisissable pour moi qu’est la littéralité me fait penser (en physique) à ces particules mystérieuses qui ne semblent avoir d’existence matérielle qu’au moment où l’on tente de les observer. De là à affirmer qu’elles n’existent que parce qu’on les observe, il n’y a qu’un pas (que les théoriciens ont d’ailleurs franchi.) » Jean-Yves – France

Pratiquez la littérarité en atelier d’écriture

« Avec L’esprit livre nous cultivons la  »Littérarité ». Nous rendons nos écrits vivants (…). Je pense que chaque texte possède une dimension littéraire dans la mesure où il traduit l’association d’une histoire et d’un univers observé d’un œil, plus ou moins expert. Thierry – France

La littérature crée un sentiment de plénitude et d’osmose avec le monde

« La littérature est un sujet si institutionnel, si sacré, si polémique, si « NRF » que je me suis demandé ce que je pouvais faire couler comme eau à un tel moulin. Et puis la beauté du mot est apparue à l’horizon, une beauté faite de vent, de lumière et d’impressions de force et de repos. Un rêve opalescent qui porte vers un bien-être. Un rêve où on peut laisser porter la voile. Un bonheur si profond que la compréhension du monde me touche au plexus. Et je me suis rappelé ces phrases ou ces textes dont la lecture me laissait submergée par une onde de parfaite entente avec ce qui m’entoure. C’est donc une rencontre de compréhension. Il y a peut-être même de la fusion là-dedans. » Marie – Maroc

La délicatesse d’effacer les traces de l’effort du créateur

« Il me semble que la réponse ne peut pas être la même suivant que l’on est un professionnel ou un « amateur », au sens noble du terme. Je ne peux m’empêcher de faire un parallèle avec la musique qui, elle, est mon métier. Grâce à l’intensité d’une pratique artistique, on devient plus sensible à ces « petits riens » qui font une œuvre. Bien sûr, le jugement est subjectif. Mais je ne suis pas si sûre qu’il n’y ait rien d’objectif. Le travail est réussi quand, justement, on ne perçoit plus le travail. Pour moi, qui suis une amatrice de littérature. Mon premier guide est le plaisir que me procure un texte. Il doit me nourrir littéralement. Avant tout, je suis sensible à la langue, sa musicalité, le rythme de ses phrases, la souplesse de leur construction, la beauté des mots choisis. » Marie-Françoise – France

La littérature : la fabrique d’émotions variées

« Un texte est littéraire pour moi, s’il provoque une émotion quelle qu’elle soit. Après il y a, entre autres, l’intensité des émotions engendrées qui distingue les textes littéraires entre eux. Par contraste un texte scientifique me laisse de glace. » Jocelyne – Québec

Sur la trace du savoir-faire d’un écrivain reconnu : Jacques Sadoul

« À la suite de la lecture du livre de Jacques Sadoul « Anthologie de la lecture policière » voilà ce que j’avais noté. Trois choses distinguent l’œuvre littéraire véritable :

1) L’écrivain sait insuffler une vie réelle à ses personnages. Ils acquièrent une existence propre.

2) L’écrivain est capable de faire dire aux mots et aux phrases plus qu’ils ne le peuvent habituellement : musique verbale qui porte le lecteur.

3) La lecture d’une œuvre littéraire ne laisse pas son lecteur, à l’instant où il referme le livre, dans l’état où il était lorsqu’il l’a ouvert. Le lecteur ressent une modification de son moi profond après avoir lu une œuvre littéraire, sa sensibilité a évolué.

Malgré tout ce que j’ai lu sur cette question, je ne me sens pas plus capable aujourd’hui de dire ce texte est littéraire celui- là ne l’est pas. L’art d’écrire consiste pour moi à rendre réel l’imaginaire avec des mots de tous les jours et des personnages que l’on pourrait croiser dans la rue. Et ça, on ne l’obtient pas en priant le saint patron des écrivains pour recevoir la Grâce ! On apprend à maîtriser son sujet, son histoire, son style. Seul ou avec de l’aide de formateurs entre autres, suivez mon regard… L’art de tricoter, avec des points et des motifs compliqués, un pull dont tout le monde louera la simplissime beauté originale, ajoutant, en l’enfilant : « Il me va comme un gant. » … Christiane – France

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Quelle formation imaginer pour apprendre à écrire de la littérature ?

Imaginez des formations d’écrivains est l’exercice de style auquel je me suis consacrée depuis 28 ans déjà (visitez notre site L’esprit livre school). L’expérience m’a montré qu’avant de songer à mettre en œuvre des techniques, il s’agit d’aider une personnalité à se construire et à s’affirmer au fil de ses lectures et de ses textes. Ce n’est qu’ensuite qu’il est possible de l’inciter à s’exprimer de belle manière

Ce qui pose d’emblée les conditions d’accès à de telles formations : suivre un atelier d’écriture, trouver quelque chose à dire de personnel, s’engager à suivre un cursus jusqu’au bout, se donner les moyens de réussir (temps, budget, disponibilité d’esprit).

Sans parler de la création des contenus de formation et comment commencer ces apprentissages. Quels parcours concevoir pour parvenir jusqu’à l’édition ? Nous avons observé des milliers de débutants et constaté que l’une des premières qualités d’un auteur et de savoir trouver de bons sujets, d’en délimiter les contours, de définir une manière de le traiter. Ensuite, à lui de trouver la manière de raconter cette histoire et de la rendre passionnante. A lui aussi de parvenir à s’exprimer pleinement. Rien d’évident : nous avons tous nos inhibitions, la crainte d’être jugé et un manque d’expérience : la vie nous conduit le plus souvent à nous contenir. Les ateliers d’écriture ont fourni de nombreuses solutions. Ce qui mérite que l’on s’y attarde un peu.

Avoir quelque chose à dire de personnel et d’original

Quand on voit l’engouement des ateliers d’écriture depuis près 50 ans, il est évident que l’une des raisons de leurs succès est de fournir justement des sujets, des suggestions d’expression dans un cadre stimulant, des méthodes de rédaction. L’acte d’écrire ainsi décomposé garantit le succès de cette démarche. Ce qui crée de la motivation. La fréquence des ateliers apporte la constance nécessaire à une pratique régulière afin d’obtenir un volume de textes intéressant.

Cependant, dès que ces stimulations cessent, ces auteurs en devenir n’écrivent plus. Leurs désirs s’émoussent. Finalement ils ne trouvent plus le temps d’écrire, absorbés par d’autres loisirs. Ceux qui cumulent leurs textes rédigés dans l’élan de la spontanéité, portés par l’inspiration suscitée par ces consignes d’écriture ; se rendent compte que finalement leurs écrits ne sont pas publiables en l’état. Ils n’ont pas eu le temps d’apprendre à travailler leur texte, c’est-à-dire le métier d’auteur. D’autres ne s’embarrassent pas d’exigences de qualité et s’autopublient sans limite ni contrainte… jusqu’à penser que l’apprentissage est superflu. Nous entendons parfois des déclarations qui nous font sourire : « Je ne veux pas devenir écrivain, je veux juste écrire un livre ! »

Les meilleurs ateliers d’écriture conduisent les auteurs à se trouver, à outrepasser cette étape de la création assistée en groupe. Aiguillonnés par une nécessité intérieure, ces auteurs finissent par trouver la source des sujets qui les animent profondément et donneront du sens à sa vie. Alors débute la métamorphose de l’écrivain…

Ce travail d’écriture requiert des refontes successives, d’ajuster les mots aux idées. Ces tâtonnements, ces séries de corrections constituent le cœur du métier. Même les plus grands procèdent ainsi. Chateaubriant a réécrit jusqu’à dix-neuf fois les pages de ses Mémoires d’outre-tombe. Ce n’était pas du tout parce qu’il ne savait pas écrire en français, ou qu’il était hésitant…

Bénéficiez de lectures critiques pour affûter son esprit

Passez de l’autosatisfaction à des satisfactions partagées

La complaisance et l’autosatisfaction empêchent la formation. Loin de jeter la pierre aux débutants éprouvant du plaisir après avoir fourni un effort important, il faut reconnaître que ces gratifications tue le désir de progresser. Leurs écrits sont si chargés d’affects qu’il devient impossible d’y toucher. La prise de recul s’impose. À leur décharge, personne ne leur apprit à déceler dans un texte les erreurs. Ils ne se doutent même pas de ce qu’il faut améliorer. Ils ne comprennent absolument pas la nécessité de se former, puisqu’ils écrivent « naturellement ». Ils ont besoin d’un regard extérieur pour voir ce qui est réellement écrit et prendre la mesure de la potentialité de leurs écrits.

Par expérience, nous mesurons chaque jour avec nos stagiaires la longueur du chemin à parcourir pour passer de la lecture de leurs textes à la mise en œuvre de ces savoir-faire. Les corrections successives leur permettent d’assimiler ces procédés et de les appliquer ensuite de manière instinctive et systématique.

L’abandon progressif de ces complaisances les déstabilise. Aux premiers essais triomphants succèdent l’humilité et des prises de conscience salutaires. Ce n’est qu’ensuite qu’ils parviennent à se débarrasser de leurs mauvaises habitudes, à développer des exigences personnelles. Ils adoptent ainsi une disposition d’esprit prompte à accueillir de nouveaux savoir-faire.

Les conditions d’un accompagnement réussi

Il faut une bonne dose de complicité, d’empathie et de confiance pour transformer ce qui semblait ardu en étapes jubilatoires pour l’auteur en formation. Le formateur se débrouille pour faire en sorte que ces corrections deviennent de petites victoires sur lui-même. L’auteur maîtrise toujours plus sa pensée et organise un processus fictionnel exaltant. Ce type de guidance varie d’une personne à l’autre tant il est nécessaire d’assouplir des jugements, d’évacuer des anxiétés cumulées au fil des mauvaises expériences, d’aider à dépasser des complexes et des blocages, à construire une confiance en soi et une habileté à se servir des techniques d’écriture.

Cet accompagnement est celui de l’éditeur, d’un écrivain, d’un formateur spécialisé, d’un correcteur. Il faut en effet maîtriser soi-même la manière de s’exprimer pour déceler les carences du récit et suffisamment de psychologie pour ne pas décourager l’aspirant écrivain par l’ampleur de la tâche en adaptant ses propositions de modification aux besoins du texte. Autant dire que c’est un exercice délicat.

Les béta-lecteurs présents sur de nombreux sites ne disposent pas de l’expérience d’un écrivain pour accompagner ces changements, insuffler la technique nécessaire au moment opportun ou guider l’auteur dans la réécriture de son texte. Leurs avis sont ceux de lecteurs, pas d’un expert. Ils n’aideront pas l’apprenti l’écrivain à progresser de manière significative. Il reste a accepter l’idée qu’un accompagnement professionnel ne peut pas être bénévole…

Pratiquez la critique littéraire

Cette nécessité de clairvoyance et d’analyse de ses propres textes exclut d’emblée les formations de type scolaires, soit des théories à appliquer avec en toile de fond un modèle idéal de la création littéraire à suivre… un paradoxe d’ailleurs ! La création est une aventure humaine et personne ne peut la prévoir, pas même le créateur.

Devenir écrivain c’est apprendre à réécrire ses textes (et non pas seulement à bien écrire), sous le regard bienveillant d’un expert mais aussi en s’entraînant à la correction des textes d’autres auteurs. La critique d’œuvre littéraire enrichit l’univers du créateur, affine ses perceptions et attise la curiosité.

Les progrès s’obtiennent par tâtonnements, essais successifs, confrontions aux avis de lecteurs. Une formation de ce type produira pleinement ses effets si l’écrivain accompagnateur respecte l’œuvre à venir sans imposer pas son savoir-faire ou encore ses points de vue. Il procède par divers questionnements, suggestions et écoutes empathiques comme le préconise la maïeutique (l’accouchement des esprits selon Socrate). Son savoir-faire lui permet d’avoir une vision d’ensemble du livre dès ses prémisses. C’est ainsi qu’il oriente l’auteur en formation étape par étape en le plaçant à chaque fois en situation de choix : ses décisions contribuent à son affirmation personnelle.

Ce processus d’échanges d’avis de ses pairs et d’écrivains formateurs est au cœur de toutes les formations de L’esprit livre school. Cette dynamique d’apprentissage réduit significativement le temps d’apprentissage d’un auteur (de l’ordre de 10 à 15 ans pour un autodidacte).

Il est donc possible d’apprendre à écrire de la littérature en conjuguant la vocation, le développement personnel et un parcours de formation rigoureux.

 

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