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Les mains du miracle de Joseph Kessel

Felix kersten le medecin du diable

Joseph Kessel nous raconte une incroyable histoire d’humanité

Tout le monde ou presque connaît Himmler, cet exalté sanguinaire qui plus que de répondre aux ordres d’Adolf Hitler trouvait presque dans ses injonctions comme une pensée divine. En 1960, Joseph Kessel lui consacra un livre, mais moins qu’à celui qui fut son masseur, Felix Kersten, un docteur débonnaire ayant reçu durant trois années les enseignements d’un lama-médecin du Tibet afin de parfaire son art. La façon dont Kersten soulagea Himmler, comment il exerça un véritable don pour le délivrer d’atroces souffrances, et par répercussion une sorte de pouvoir sur lui, est superbement raconté par Kessel. Ce don sauva des milliers de personnes de la déportation.

On sait que ce sont les petites histoires qui constituent la grande, et quand ce qui est fascinant dans les détails d’un chaos de chairs meurtries passe sous la plume d’un auteur aussi doué, il en ressort forcément quelque chose tenant à la fois du grandiose et du poignant. Combien de figures inconnues dont le mot humanisme a été renforcé ont jalonné cette période de barbarie ? Nul ne le sait, et sûrement chacune mériterait-elle un récit. Il n’y aura bien sûr jamais assez d’auteurs de talent pour nous les restituer toutes, et au fond, ce n’est pas la peine : chacun reconnaîtra, à travers l’homme que fut Kersten, à travers un destin extraordinaire, en quoi consiste l’héroïsme ordinaire.

Ce livre traite autant de la douleur physique, celle de Himmler, que de celle, morale, de Kersten. Par un subtil jeu, l’une soigne l’autre, c’est là le tour de force réussi par Kessel.

Les pouvoirs de mains sur un corps ravagé par des crises hurlantes pourraient ici symboliser le langage amoureux de la guerre, loin des champs de bataille et des charniers. Loin des Panzers labourant l’essence des êtres. Qu’on ne s’y trompe pas : Kessel, en nous plongeant dans la mécanique absurde des délires de Himmler, dans cette sorte d’horreur bureaucratique qui l’animait, ne l’excuse à aucune page. Il dénonce une démence qui ne s’explique que par une idolâtrie trahissant sa faiblesse d’esprit, et par des complexes l’éloignant d’une race aryenne qu’il souhaitait tant, par projection sans doute, voir émerger pour dominer le monde.

Entre autres choses remarquables, dans Les mains du miracle, on note la faculté de Kessel à donner beaucoup de vie à son texte quand il aurait été facile de l’imprégner d’un recul froid. Son choix a été autre au point que sans rien concéder à l’atrocité nazie, il la décortique sous le regard d’un homme bon, paisible. Ce procédé, qui aurait pu l’adoucir, nous en montre au contraire les rouages impitoyables.

Pour évaluer la portée de ce roman, il me suffira de dire qu’il a sa place entre Si c’est un homme, de Primo Levi, et  La mort est mon métier, de Robert Merle. S’il devait existait une trilogie érudite de l’Holocauste, ce pourrait être celle-là.

« À la veille de la Seconde Guerre mondiale, Felix Kersten est spécialisé dans les massages thérapeutiques. Parmi sa clientèle huppée figurent les grands d’Europe. Pris entre les principes qui constituent les fondements de sa profession et ses convictions, le docteur Kersten consent à examiner Himmler, le puissant chef de la Gestapo. Affligé d’intolérables douleurs d’estomac, celui-ci en fait bientôt son médecin personnel. C’est le début d’une étonnante lutte, Felix Kersten utilisant la confiance du fanatique bourreau pour arracher des milliers de victimes à l’enfer. Joseph Kessel nous raconte l’incroyable histoire du docteur Kersten et lève le voile sur un épisode méconnu du XXe siècle. »

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