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Comment corriger et évaluer efficacement son texte en 4 étapes

Partie 1

Corriger un texte n’est pas forcément fastidieux. Cet article  présente l’expérience de Frédéric Barbas, correcteur d’édition, sous un angle amusé. Ce sujet est traité en deux parties…

Ça y est, on vient de boucler notre paragraphe, notre page, notre chapitre ou notre histoire. On est comme un peu étourdi, rétrospectivement, du travail que cela nous a réclamé. Encore surpris des heures qu’a parfois nécessité l’écriture d’une seule phrase. Et pourtant, ce n’est pas fini. À présent nous incombe la tâche délicate de revenir sur nos pas, de vérifier qu’on n’a rien négligé. Que tout se tient.

 

 Etape 1

Mettre sa mémoire dans un tiroir

Qu’il s’agisse d’une histoire, d’un chapitre, d’une page ou d’un paragraphe, le boulot est le même : il faut tout passer au peigne fin. C’est débarrassé du côté exaltant de l’acte créatif que notre regard se fait neutre, pas au moment où l’on prend soin de parer nos idées des plus beaux atours.

La première étape est la plus simple : « oublier » son texte au fond d’un tiroir dont on jettera métaphoriquement la clef dans la noirceur verticale d’un puits. On doit s’interdire, une fois qu’on a estimé n’avoir rien d’autre à ajouter, d’en relire le moindre mot durant quelque temps. Chacun, l’expérience aidant, saura quelle durée lui conviendra le mieux pour poser un œil neuf sur sa prose.

 

Etape 2

Les petits travaux du texte

Une fois cette maturation effectuée, par quoi commencer ? Car soyons lucide, le chantier est assez vaste. Si les finitions mobilisent rarement plus de temps que le gros œuvre, il faut y consacrer la même dose d’efforts.

Erreurs et défauts nous sauteront au visage à peine aurons-nous entrepris cette relecture : fautes d’orthographe, tournures bancales, incohérences, répétitions, lourdeurs… Mais pas de quoi céder au découragement : après tout, c’est le lot de quiconque écrit.

Je ne pense pas qu’il existe une méthode infaillible permettant de détecter l’ensemble des dysfonctionnements d’une nouvelle ou d’un roman comme on photographierait la scène d’un crime pour en figer tous les détails. Rien ne nous apparaîtra avec la clarté éblouissante d’une révélation : il faudra fouiller. Bien sûr, je l’ai dit, nos inexactitudes et nos  paresses coupables auront tôt fait de remonter à la surface au détour d’un paragraphe qu’on estimait achevé ou à la conclusion d’un passage jugée par nous imparable. À tort, bien entendu.

 

Prendre du recul pour se rapprocher du récit

Mais si nos travers textuels se révèlent d’abord aussi visibles que des pommes pourries sur le dessus d’une pile de fruits sains, et qu’un premier tri s’effectue rapidement, c’est sur ce qui grouille au fond du panier que notre attention doit s’exercer. Dans les profondeurs du récit.

Pas de recette miracle pour y parvenir, donc, mais une condition sine qua none pour mener à bien notre quête d’écrire mieux : être honnête avec soi-même. C’est-à-dire considérer sans états d’âme les imperfections de notre talent. Il est impossible de porter un avis digne de ce nom sur notre texte si l’on se trouve sans cesse des prétextes pour ne pas y retrancher une virgule – comprenez : pour ne pas égratigner notre amour-propre.

Récapitulons :

Première étape : oublier son texte.

Deuxième étape : oublier son ego.

 

Etape 3

Faites affleurer vos idées

Une fois les adverbes et les adjectifs superflus éradiqués, la ponctuation réajustée, l’expression allégée, les baudruches littéraires dégonflées, on peut juger ce qui confère pour une bonne part de l’intérêt à notre histoire : la pertinence de nos idées.

Nous verrons en détail dans la seconde partie la façon dont on peut nettoyer un texte pour que ces idées affleurent.

Désencombrées de la fanfreluche textuelle, nos idées apparaissent enfin sous leur vrai jour. Il est alors indispensable de les redécouvrir presque à nu afin de s’assurer qu’elles véhiculent parfaitement le message destiné à notre lecteur. C’est la troisième étape.

 

Lutter contre l’auto-séduction littéraire

On se séduit parfois soi-même en apprêtant si bien nos phrases qu’au lieu de creuser notre idée, on se focalise sur son habillage, masquant notre refus conscient ou pas d’en extraire son entière substance. Car avoir une idée n’est pas un but en soi : trop souvent, des auteurs débutants ou non indiquent une piste de réflexion intéressante à leur lecteur et ne vont pas au bout. Pourquoi ? Par facilité, tout simplement. Comme si évoquer une possibilité dispensait de l’expliciter. Il est plaisant d’exprimer une opinion ou de soumettre une théorie, mais il se révèle plus ardu de les faire triompher d’une façon judicieuse.

 

Être rigoureux afin de ne pas gâcher son intention première

Quand on évalue son texte, il est important de remonter à l’idée brute, celle ayant motivé qu’on se décide à l’entortiller de mots censés lui rendre justice. Qu’on le veuille ou non, si l’on ne s’impose pas une rigueur intellectuelle de tous les instants, il y aura une déperdition de la réflexion qu’on souhaitait initialement exposer – et développer.

La relecture nous offre cette rectitude, car comme dit précédemment, ce n’est pas dans le tourbillon de la création qu’on illustre notre propos de la façon la plus inspirée. Cela ne signifie pas que nous sommes incapables d’y parvenir lors de notre élan primaire, mais parfois, tenté par l’idée d’après, celle sur laquelle on n’a pas encore mis de mots, on papillonne dans le futur quand il nous faudrait fignoler dans le présent. Cela peut conduire à une pensée inaboutie et à l’abandon de notre ligne directrice.

 

S’infliger un bombardement de questions quitte à reconstruire sur des ruines

En vous relisant, relevez-vous des passages où vous n’avez pas déployé tous les arguments qui auraient dû circonscrire votre pensée ? Trouvez-vous qu’à la fin d’un paragraphe vous avez eu le souffle court ? Que vous pouviez dire les choses plus précisément ? Qu’il aurait été  opportun d’agencer votre texte différemment afin que la progression de votre intrigue soit constante et logique ? Plus percutante ? Qu’un personnage a si peu de relief que vous vous demandez quelle utilité il a ? Que la forme l’emporte systématiquement sur le fond ?

Une remise à plat, si dure à encaisser soit-elle, passe par le fourmillement d’un tel casse-tête. Si vous voulez être bon, vous n’en ferez pas l’économie. Confronté à soi-même, c’est la raison et non l’orgueil qui doit l’emporter. L’effort de celui qui veut réussir face au confort de qui pense être arrivé.

Même si après un long examen de votre texte il ne vous semblera subsister qu’à l’état de ruine, brique par brique, vous saurez le reconstruire. Car c’est en fait le squelette de votre histoire qui vous apparaîtra, raclé jusqu’à l’os, c’est le cas de le dire. Il vous appartiendra alors de lui redonner une chair de qualité.

 

S’interroger pour que des broutilles ne remettent pas votre talent en cause

Bien sûr, sous le feu nourri de ces interrogations, on pourrait baisser les bras. Seulement, il faut s’estimer heureux d’avoir toute latitude d’y répondre sans être harcelé par des critiques qui pointeraient du doigt vos éventuelles carences une fois votre texte publié. S’évaluer, c’est presque rendre infranchissable la distance entre les reproches et l’écrivain qui est en vous.

À présent, vous avez relu votre nouvelle ou votre roman d’un bout à l’autre en tenant compte de mes conseils : ce serait parfait si vous consentiez à les appliquer.

Blague à part, retenez ceci avant de passer à la quatrième étape : les meilleurs écrivains se relisent à s’en rendre malade, jusqu’à ce que leur génie nous semble une évidence.

 

Ce qu’il reste à faire après s’être relu

Pas grand-chose. On a épluché chacune de nos pages, on a réfléchi à la puissance d’un mot en tant que domino… bref, on a fait le tour de la question. Eh bien, il n’y a plus qu’à « nettoyer » notre texte, ce que nous verrons dès le week-end prochain dans la seconde partie de cet article.

Pas grand-chose, donc, mais ça va prendre du temps.

En attendant, ne cessez pas d’aligner les phrases : c’est, quand on est écrivain, la moindre des corrections…

 

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la relecture, les bases de nettoyage d’un texte

 

Envie de savoir où vous en-êtes ?

Cette lecture diagnostic, conçue par L’esprit livre, s’appuie sur la méthode d’Antoine Albalat : L’art d’écrire enseigné en 20 leçons.

 

Lecture diagnostic – correction de manuscrit

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Cette série d’articles présente une relecture des leçons d‘Antoine Albalat : L’art d’écrire enseigné en 20 leçons, par Frédéric Barbas. Correcteur d’édition pendant quelques années pour L’esprit livre, il a corrigé des milliers de nouvelles et connaît très bien les tatônnements des auteurs en formation… Précédemment, il a participé lui aussi à des ateliers d’écriture.

Attention  ! La lecture de ces articles vous expose  au virus de l’écriture :  inévitable, irrepressible et  incurable ! … 😉

1 – Le don d’écrire

2 – Les manuels d’écriture

3 – De la lecture

4 – Le style

5 – Un style d’écriture original

6 – La concision du style

7 – L’harmonie du style

8 – L’harmonie des phrases

9 – L’invention

10 – La diposition

11 – L’élocution

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13 – De la narration

14 – De la description

15 – L’observation directe

16 – L’observation indirecte, imaginée

17 – Les images, les métaphores

18 – La création des images

19 –  Les dialogues

20 – L’art épistolaire